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L’impuni qui a changé le visage de Martigny

Fac-similé d’un interrogatoire mené par la police cantonale. Menaces de mort à l’encontre de représentants des forces de l’ordre, scènes de violence répétées en divers lieux de Martigny: le profil du meurtrier présumé, révélé par les rapports de police, ne laissait-il pas présager le pire? (DR)

Fac-similé d’un interrogatoire mené par la police cantonale. Menaces de mort à l’encontre de représentants des forces de l’ordre, scènes de violence répétées en divers lieux de Martigny: le profil du meurtrier présumé, révélé par les rapports de police, ne laissait-il pas présager le pire? (DR)

«Bon type» au travail, délinquant récidiviste dans la rue. Le Capverdien qui a tiré le coup de feu mortel dans la rixe de dimanche était apparu dans d’autres affaires, pour lesquelles il n’a toujours pas été jugé

Depuis dimanche, les Capverdiens de Martigny comptent dans leurs rangs un meurtrier présumé. J. C., 27 ans, actuellement intérimaire dans une société d’expédition de colis, père d’une petite fille de 11 mois, a commis l’irréparable en abattant, en pleine rue, un Albanais du Kosovo.

Le drame a forcément déchiré la communauté. Quel groupe sortirait fier et grandi d’un affrontement digne des pires gangs de rue avec cadavre à la clé, ouvrant la voie à toutes les stigmatisations? Les Capverdiens – ou Portugais du Cap-Vert comme J. C. – qui vivent dans la région, sont, pour la plupart, perçus comme d’honnêtes gens.

Nombre de Capverdiens sont employés d’exploitations agricoles, à Fully notamment. Quand il se balade dans les environs, Adolphe Ribordy, figure politique de Martigny la radicale, dit éprouver «beaucoup de compassion pour eux», les voyant faire le travail, ingrat s’il en est, «que les Valaisans faisaient eux-mêmes il y a soixante ans mais qu’ils ne veulent plus faire».

Mahamadou Sognane, délégué à l’intégration, hypersollicité ces jours, Mathieu Moulin, éducateur de rue, un peu dépassé par les événements, Mads Olesen, initiateur de la Fête des Cinq Continents, l’ont répété en boucle: personne ne s’attendait à ça.

Hors des champs, dans la rue, le panorama est tout autre. Surtout quand il est brossé par le commissaire Frank Beretta. Cet ancien de la sûreté genevoise, en place depuis août 2009, a vite «fait connaissance avec ces voyous». Les on-dit d’après le crime trouvent un écho fidèle chez le policier.

Sans volonté de minimiser la responsabilité du camp adverse – les ex-Yougoslaves – dans la fusillade de dimanche, il dénonce ouvertement un noyau de Capverdiens «sans foi ni loi», «une quinzaine d’individus qui étaient déjà des voyous quand ils sont arrivés chez nous» et qui ont troublé l’ordre public à de réitérées reprises autour de la place Centrale. J. C. en est. Quelques-uns seraient issus de la même banlieue de Lisbonne que lui.

Quand ils ne traînent pas vers le Manoir – ou dans les parkings avant qu’un arrêté municipal ne les en ait empêchés – semant les canettes de bière, ils «cherchent la bagarre» comme ce fut le cas dans les coulisses de la dernière Foire du ­Valais. Après un début de rixe, les agents de la police municipale avaient dû tenir le groupe à l’écart des Platanes. Ils avaient finalement frappé un citoyen et pris à partie physiquement la police, en sous-effectif.

J. C. incarne-t-il le pire de ce dont la rue peut accoucher? Au bénéfice d’un permis de travail temporaire (permis L), cet aîné d’une fratrie de douze enfants, qui vit à Martigny avec son père et son frère, a déjà été impliqué dans plusieurs affaires en cours d’instruction en Valais. Or, il n’a toujours pas été jugé. Les rapports de police et interrogatoires que Le Temps s’est procurés l’accablent.

Passé les multiples infractions à la loi sur les stupéfiants, et une plainte en cours pour une bagarre survenue l’an dernier devant une discothèque de Martigny, c’est l’insoumission du jeune homme qui interpelle.

Le 26 octobre 2009, suite à une bagarre particulièrement violente au sein même du groupe, au McDonald’s, au cours de laquelle il frappera un homme au sol avec ses pieds et ses poings (voir le document ci-dessus), il insulte copieusement et tabasse plusieurs agents de police dont un, vraisemblablement, avec un casque de scooter. Avant de les menacer de mort.

«Je n’ai aucune raison de leur en vouloir, mais je me suis énervé contre eux parce qu’ils représentaient les forces de l’ordre», s’expliquera-t-il face aux enquêteurs. «Il est clair que les menaces, notamment les menaces de mort que j’ai proférées à l’encontre de ces policiers, sont des paroles en l’air», relate l’interrogatoire.

Depuis dimanche, les paroles en l’air n’en sont plus vraiment. Les balles ont sifflé. Un homme est tombé. Arme à la main, J. C. montre un tout autre profil que celui décrit par une de ses collègues de travail se revendiquant «pourtant plutôt raciste»: «C’est un bon type, serviable. Il n’a jamais été agressif avec nous, n’a jamais eu aucun geste déplacé. Il parle de foot avec nos livreurs quand il décharge les camions. Et il n’est jamais arrivé en retard au travail.»

A l’exception, évidemment, des périodes où il était en détention préventive, suite à la bagarre du McDonald’s ou, entre le 12 janvier et le 4 février derniers, après avoir été interpellé une nouvelle fois pour participation à un brigandage. Le frère de J. C., mineur, a aussi eu sérieusement maille à partir avec la justice. Il serait le pire de la bande. Un de leurs compatriotes a écopé de 80 heures de travaux d’intérêt général.

Quelle explication à cette violence? Des itinéraires chahutés? Le besoin de s’affirmer par d’autres artifices que de sporadiques activités professionnelles? J. C. travaillait deux heures le matin, raconte sa collègue. L’un d’eux s’est vu donner une chance par la commune, lors d’un stage d’un mois aux parcs et jardins, apprend-on.

Le juge Dominique Lovey, qui instruit l’affaire de la fusillade, devra se poser la question. Alors que l’UDC et la population inquiète s’en posent une autre: quels critères les délinquants récidivistes doivent-ils remplir pour mériter l’expulsion du territoire suisse, depuis que, sous le sceau du nouveau code pénal, l’autorité en la matière revient à l’administration?

Un juriste particulièrement au fait de la jurisprudence relève que, à la lumière de la nouvelle loi sur les étrangers et du nouveau code pénal, une quotité totale de 12 mois d’emprisonnement – et non pas 24 comme le prétend le chef du Service de la population et des migrations, Jacques de Lavallaz – est considérée comme une peine de «longue durée» justifiant le non-renouvellement ou la révocation du permis de séjour.

Encore faut-il que la justice ait prononcé des peines envers le délinquant. En remède à ces lenteurs, le Parti libéral-radical revenait hier à la charge en proposant l’introduction du principe de la «comparution directe», qui a déjà fait l’objet d’un postulat.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7acb1abe-69cd-11df-b127-44fc5dc45bfa|0

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