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La Suisse n’a pas peur d’affronter les questions essentielles

Interdiction des minarets

Christophe Darbellay: «Affrontons les peurs»

Christophe Darbellay va proposer au Parlement d’interdire le port de la burqa. Pour le président du PDC, il s’agit d’entendre les peurs qui se sont exprimées dimanche et d’aborder de front les questions liées à l’intégration des musulmans en Suisse. Image © Laurent Crottet

Christophe Darbellay va proposer au Parlement d’interdire le port de la burqa. Pour le président du PDC, il s’agit d’entendre les peurs qui se sont exprimées dimanche et d’aborder de front les questions liées à l’intégration des musulmans en Suisse.

Loin de vouloir enterrer le débat sur la place de l’islam en Suisse, la droite, à l’image de Christophe Darbellay, s’apprête à aborder tous les sujets sensibles. Au menu, burqa, surveillance des imams ou ancrage de la chrétienté dans la Constitution

Renaud Michiels – le 30 novembre 2009, 23h09
Le Matin

23 commentaires

Le «choc». Le «séisme». Les commentateurs n’ont pas de mots assez forts pour décrire la surprise sortie des urnes dimanche. Une surprise qui sacre l’initiative de l’UDF (Union démocratique fédérale) portée par l’UDC: il est désormais interdit de construire des minarets en Suisse. Après le tremblement de terre, les appels au calme se sont succédé hier. Les musulmans de Suisse ne doivent pas se sentir discriminés, la liberté de culte est assurée, dit-on à gauche et à droite. Un message qu’on retrouve même à l’UDF. «Après cette campagne houleuse, l’heure est à l’apaisement, note le secrétaire romand du parti, Maximilien Bernhard. Martelons aujourd’hui que la liberté de croyance n’a jamais été remise en cause.»

Mais malgré ces messages apaisants, le calme ne succédera pas à la tempête. Il n’y aura aucune trêve. D’autres sujets pouvant déchirer la Suisse et stigmatiser l’islam seront lancés par différents partis. «Le PDC veut la sécurité, la prospérité et la paix entre les religions, souligne son président, Christophe Darbellay. Mais ce serait une énorme erreur de faire comme s’il ne s’était rien passé. Le pire serait de se mettre la tête dans le sable. Non: il y a des problèmes, des questions, des peurs. Il ne faut pas les nier mais les affronter et les résoudre. Mettons les choses à plat.»

Même son de cloche du côté du conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE), qui a pourtant bataillé bec et ongles pour le rejet de l’initiative antiminarets. «La priorité, c’est bien que la paix confessionnelle règne sur l’ensemble du territoire. Mais on ne peut pas juste rester abasourdi par le résultat de dimanche: la politique doit reprendre la main. Et s’il faut dénoncer l’amalgame honteux entre musulmans et extrémistes, on doit aussi lutter farouchement contre le fondamentalisme religieux.»

Le grand ménage
Résultat de cette volonté de saisir à bras-le-corps les sujets qui fâchent, des débats aussi émotionnels que celui sur les minarets seront prochainement mis sur le tapis. Au menu: burqa, surveillance et formation des imams ou encore ancrage de l’origine chrétienne de la Suisse dans la Constitution (voir ci-dessous). Et ce menu n’est pas exhaustif. «J’entends déjà des voix s’élever pour qu’on débatte des cimetières religieux», soupire le conseiller national Ricardo Lumengo (PS/BE). «Avec cette basketteuse qui refuse de jouer sans voile, ajoute Yvan Perrin, vice-président de l’UDC, cette question aussi pourrait revenir d’actualité.» Bref, c’est le grand ménage. Avec une idée forte portée par le centre et la droite: il faut s’attaquer frontalement à toutes les questions liées à l’intégration des musulmans en Suisse.

Une volonté qui fait rire jaune la conseillère nationale socialiste Ada Marra. «Oui, on doit débattre, échanger, discuter et se préoccuper de cette peur des musulmans entretenue depuis le 11 septembre 2001. Mais ne soyons pas dupes: on est ici dans la récupération politique. Et j’ai au moins une certitude: il n’existe pas de recette magique.»

Grand vainqueur dimanche, l’UDC se frotte les mains. «Mettons tout sur la table et discutons sereinement, se réjouit Yvan Perrin. L’un des grands mérites de l’initiative antiminarets est qu’on ne peut plus esquiver les débats sur la place du monde musulman en Suisse.»

Surveillance des imams
Surveiller les imams pour être certains qu’ils ne prônent pas des thèses extrémistes, voilà encore un sujet chaud dont vont s’emparer les élus. La question est d’autant plus brûlante que, la semaine dernière, un imam fribourgeois a été dénoncé puis blanchi, même s’il avait appelé Dieu à venger les ennemis de l’islam. «Ce débat doit être mené, souligne le président du PDC Christophe Darbellay. Pour être clair: un intégriste prônant la charia n’a rien à faire en Suisse. Or il n’y a eu pour l’instant qu’une seule expulsion d’un imam du territoire.» «C’est une question cruciale mais délicate, ajoute le conseiller national (UDC/NE) Yvan Perrin. On doit savoir s’il y a des dérives, mais comment vérifier ce qui se dit dans les mosquées? La question doit être posée sur la table et débattue, si possible avec des représentants des communautés musulmanes qui font aujourd’hui cruellement défaut. Mais j’imagine mal instaurer une sorte de police religieuse…» Concrètement, une surveillance soulève des questions juridiques fondamentales et pose des problèmes concrets. D’autant qu’il existe quelque 180 lieux de prière en Suisse.

Formation des imams
«Je suis persuadée que nous devons beaucoup plus fortement intégrer et former les imams en Suisse. Cette formation doit être dispensée dans nos universités ou dans des hautes écoles.» Voilà la conviction affichée hier par la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf dans 24 heures. De quoi surprendre le conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE). «La formation des imams est pour moi une question centrale. J’ai déposé un postulat sur le sujet en mars dernier. Puis le Conseil fédéral a répliqué que la question était du ressort des cantons…» Reste que le sujet reste brûlant d’actualité et que le Genevois a saisi la Conférence intercantonale de l’instruction publique. L’idée étant que les imams ne soient jamais «parachutés» de l’étranger mais connaissent le fonctionnement de la société et des institutions suisses, comme le droit ou les valeurs du pays. «Je suis aussi plutôt favorable à une formation en tout cas européenne des imams, note la conseillère nationale socialiste Ada Marra. Mais pourquoi seulement les imams au risque de stigmatiser encore les musulmans? La logique doit valoir pour toutes les religions.»

Transparence des fonds
«Qui paie? Pour les mosquées, pour les imams, pour d’autres lieux de culte ou associations musulmanes? C’est parfois peu transparent et problématique», explique Yvan Perrin, vice-président de l’UDC. «D’autant qu’il n’existe pas que de gentils mécènes mais aussi certainement certains bailleurs de fonds qui attendent un retour sur investissement», enchaîne le Neuchâtelois. Pour Yvan Perrin, le débat sur le nerf de la guerre doit donc aussi être maintenant mis sur la table. Le conseiller national Hugues Hiltpold empoigne également cette question. «L’argent et la transparence des fonds sont au cœur des débats si on veut lutter sérieusement contre le fondamentalisme religieux, souligne le conseiller national PLR genevois. En clair, il s’agit d’être sûr et certain que Ben Laden ne verse pas de l’argent à tel ou tel mouvement extrémiste en Suisse. C’est la raison pour laquelle je vais déposer une motion sur cette question durant la session parlementaire actuelle.»

Constitution chrétienne
Voilà un autre sujet à venir qui ne manquera pas de faire couler beaucoup d’encre: le Parti évangélique suisse (PEV) prépare une initiative populaire visant à inscrire le christianisme comme culture de référence dans la Constitution fédérale. Une volonté qui ne risque pas de réjouir ceux qui pratiquent une autre religion. Ni ceux qui croient à la laïcité. «Mêler Etat et religieux, voilà une idée plus que dangereuse, soupire la socialiste Ada Marra. Et c’est une catholique pratiquante qui vous le dit!» «Personnellement, j’y suis favorable, note l’UDC Yvan Perrin. Mais ce sujet ne me semble vraiment pas prioritaire…» Reste que le PEV compte bien aller de l’avant. «Nos délégués se réuniront au printemps pour se prononcer sur le lancement de la récolte de signatures, explique le conseiller national PEV Walter Donzé. On ne s’attend pas du tout à stigmatiser les musulmans. On veut apporter une solution à une question qui préoccupe la population. Il est ici question de paix religieuse et de respect de notre identité nationale.»

Interdiction de la burqa
Interdire la burqa? Au début de l’été, la question a mis la France en ébullition. Côté suisse, Christophe Darbellay a déjà milité pour un bannissement du voile intégral en 2006. Puis le patron du PDC a remis sa proposition sur le tapis en juin dernier dans nos colonnes. Parce que, pour lui, ce symbole de l’islamisme radical est un signe d‘oppression des femmes. Et parce qu’il faut régler la question avant que la burqa ne soit fréquente en Suisse. Christophe Darbellay n’a pas changé d’avis. «Il n’y a aucune raison de repousser ce débat: je vais déposer une intervention parlementaire sur ce sujet lors de la session actuelle.» D’autres ne prônent pas la burqa mais rétorquent que le problème n’existe pas. «C’est ridicule, tranche la socialiste Ada Marra. 350 femmes porteraient la burqa en France sur 65 millions d’habitants. Alors il y en a combien en Suisse? Quatre?» Reste que le débat aura bien lieu. D’autant qu’hier le patron du PDC a reçu le soutien de Christoph Blocher. L’ex-conseiller fédéral a affirmé sur Radio 1 que ce sera le prochain combat à mener.

http://www.lematin.ch/actu/suisse/christophe-darbellay-affrontons-peurs-197756

Une réflexion sur “La Suisse n’a pas peur d’affronter les questions essentielles

  1. La Suisse lance un appel au dialogue avec l’islam

    La Suisse a lancé à Rio un appel au dialogue entre l’islam et l’Occident. Elle a tenté d’expliquer les raisons de l’interdiction des minarets en Suisse. Cette table ronde s’est déroulée à la veille du IIIe Forum mondial de l’Alliance des civilisations, qui vise à rapprocher les peuples de différentes cultures et religions. /ats

    http://www.arcinfo.ch/journal/suisse/article/276315/rio_la_suisse_lance_un_appel_au_dialogue_avec_lislam.html

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