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Dans le train de la biture.

Que se passe-t-il, le week-end, dans le convoi de 4 h 20, le cauchemar des contrôleurs? Il y a une semaine, l’un d’eux a été violemment poussé sur la voie. Reportage.

«Ta mère, elle est grosse.» «Cassez-vous, bande de bouffons.» Scène de violence verbale antiflics ordinaire hier au petit matin, devant la gare de Lausanne. Les policiers encaissent, marmonnent une réponse incompréhensible, blasés. Le hall central est encore fermé mais, déjà, les voyageurs affluent, cahin-caha. Un jeune homme dont les jambes menacent de flancher à tout moment se fait traîner par ses amis. Dans quelques minutes, à 4 h 20, partira le train 2900 en direction de Genève. Le convoi «des fêtards», comme on l’appelle, parce que son horaire concorde avec les sorties de boîte. Celui sous lequel un contrôleur a été poussé d’un coup de pied dans le dos juste avant le démarrage en gare de Morges, le week-end dernier.

Ivresses lourdingues, pathétiques, comiques, parfois. Concentré de douleurs humaines, têtes qui tournent, nez qui saigne, mauvais trips. Le train des fêtards n’a pas grand-chose de festif. L’agressivité est latente. Et que je cogne contre la fenêtre. Et que je mets des coups de pied dans le distributeur de boissons en gare de Renens (VD). «Je vais leur péter la gueule», lâche un homme d’une quarantaine d’années à l’haleine de chacal, au passage des contrôleurs et des agents de la police ferroviaire. Ils étaient deux en uniforme et deux en civil dont un avec un chien, hier matin, pour assurer la sécurité dans le fameux train, après l’agression de dimanche dernier. Alors que le syndicat du personnel des transports tire la sonnette d’alarme depuis des années.

Sobres agglutinés en grappes
Au sein du convoi, les voyageurs sont étrangement regroupés dans certains wagons, alors que d’autres sont vides. Comme s’ils voulaient prolonger encore quelques instants la grand-messe nocturne du week-end, l’illusion d’une communion.
Certains sont debout, vociférant. Ceux qui sont sobres se rassurent en restant là où il y a du monde, quitte à subir la zizanie ambiante. «On essaie au maximum d’éviter ce train, mais parfois on n’a pas le choix quand on sort à Lausanne. On a repéré le monsieur, là, et on s’est assises à côté», expliquent deux étudiantes genevoises de 19 ans en montrant un homme plus âgé tenant une valise. Dans les wagons, les femmes seules et les voyageurs en partance pour l’aéroport s’agglutinent en grappes sécurisantes. «Ils me font de la peine, lâche une des deux étudiantes genevoises. Regardez celui-là, il ne trouve plus ses chaussures.»

Devant elle, un jeune homme à casquette titube. Il n’a ni billet ni souliers. Grand moment de solitude. Il signera sans broncher l’amende que lui tend le contrôleur. Trop bourré pour protester. Ce n’est pas toujours le cas, loin de là. Aux CFF, les agents ont l’ordre de ne pas contrôler quand il y a un risque. «Ce n’est pas ça, mon métier», déplore Fabrice*, l’agent agressé dimanche dernier, contacté vendredi par téléphone. L’autre extrême est tout aussi absurde, ou presque. Devoir attendre la venue des gardiens de la paix pour pouvoir faire son travail et amender. Pour Fabrice, 52 ans, la présence policière est loin d’être la panacée: le soir de son agression, il pense que les forces de l’ordre, trop voyantes, ont fait monter la tension. Confirmation à la gare de Lausanne, où pandores et agents de sécurité sont visibles où que le regard se tourne. Effet calmant ou excitant?

Retour dans le wagon abritant le jeune homme sans chaussures. En plusieurs endroits, la vodka se boit au goulot. Peaufinage de défonce avant le dodo. Un groupe au look gothique est en séance de démaquillage, comme des comédiens après le spectacle. On approche de Genève. Cette fois, le voyage s’est déroulé sans trop de heurts. «Y a même pas eu de vomi», se réjouit l’un des contrôleurs. Son explication? «Certains n’ont pas encore reçu leur paie, ils n’ont pas autant bu qu’en début de mois. Et puis, c’est lune noire. Ça joue un rôle, vous savez.»

http://www.lematin.ch/actu/suisse/train-biture-342150

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