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Des libéraux-radicaux romands estiment leur parti trop proche de l’UDC.

Le PLR suisse veut adopter une position plus sévère sur l’immigration, calquée sur l’UDC. Les Romands lancent un manifeste pour s’y opposer.

Fronde romande au sein du PLR suisse. En cause: un papier de position sur l’immigration paru en janvier et que ne renierait pas l’UDC. Plusieurs élus veulent s’en distancer et publient un manifeste pour rappeler les valeurs que le parti se doit de défendre et qui sont les siennes depuis deux siècles. En pleine année électorale, le PLR entre dans la campagne en ordre dispersé et sous haute tension.

Derrière cette opposition, on trouve les conseillers nationaux Claude Ruey, Jacques Bourgeois, Sylvie Perrinjaquet, le municipal Genevois Pierre Maudet ou encore François Couchepin, ancien chancelier de la Confédération. Le conseiller aux Etats Dick Marty y est, ainsi que l’ancien secrétaire d’Etat Franz Blankart. La liste devrait s’allonger avec le lancement, cette semaine, du site http://www.liberopenmind.ch, ouvert aux adhésions.

Une question de ton
Limiter les regroupements familiaux, accélérer les procédures d’asile, limiter les permis de séjour, poser des garde-fous à la libre circulation avec l’UE: plus que les propositions, c’est le ton qui a interpellé Pierre Maudet. Le manifeste des contestataires résume ainsi la nouvelle philosophie du PLR: «l’étranger est une nuisance, sauf quand il nous est utile économiquement! Il faut donc tout faire pour limiter son arrivée en Suisse». Pour le municipal Genevois, «le PLR se laisse conditionner par la droite nationaliste réactionnaire alors qu’il repose sur d’autres valeurs, devrait poser différemment le débat et se profiler sur d’autres thèmes tels que l’école ou la sécurité».

«J’ai vu rouge quand j’ai lu ce document, lance Claude Ruey, par ailleurs président de l’Entraide Protestante suisse. On amplifie la notion d’abus, l’étranger n’y est perçu que comme source de nuisance et les aspects positifs de l’immigration ont été écartés. On court derrière l’UDC et j’estime qu’il est de mon devoir de rappeler la vision humaniste et réaliste de l’immigration que notre parti incarne», explique-t-il.

François Couchepin n’est pas moins offusqué. «Je pense que ce parti pourrait rendre service au pays s’il faisait son travail et ce n’est pas le cas. Ce papier de position mélange asile et immigration. C’est tout de même ennuyeux que la force politique qui se dit proche de l’économie lance des propositions pour freiner une main d’oeuvre étrangère dont le pays a tant besoin! Et je n’accepte pas que certains de nos principes fondamentaux soient ainsi bafoués parce qu’on a peur de perdre des électeurs au profit de l’UDC.»

Pierre Maudet se pose également beaucoup de questions sur la méthode de travail et la source d’inspiration du document. Lors de la conférence de presse, c’est la conseillère d’Etat saint-galloise Karin Keller-Sutter et le conseiller national argovien Philipp Müller qui se sont profilés. A leurs côtés, il y avait un Romand, le Genevois Hugues Hiltpold. Dans les faits, ce sont surtout les récentes interventions parlementaires de Philipp Müller qui sont reprises. L’Argovien se profile sur ce thème depuis longtemps. En 2000, il était l’instigateur de l’initiative visant à limiter le taux des étrangers à 18%.

Le 12 février à Zurich, l’assemblée des délégués sera ainsi animée. Comme elle l’a été en octobre dernier à Herisau, lorsque le même PLR, face aux mêmes craintes de voir l’UDC s’approprier l’électorat antieuropéen, avait décidé que l’adhésion n’était plus une option stratégique.

Les frondeurs tenteront de renvoyer le papier de position sur l’immigration aux dirigeants du parti en leur demandant d’y corriger autant l’esprit que les exigences. Ils souhaitent également que soient ajoutées des analyses plus précises sur l’apport de la migration pour l’économie suisse. S’ils ne sont pas suivis, ils proposeront une série d’amendements.

Pas de grabuge
Ce n’est pas gagné d’avance et ils le savent. En fin de semaine, le baromètre électoral a montré que la migration et les étrangers étaient la préoccupation principale des citoyens. Après le succès de son initiative pour le renvoi des criminels étrangers, l’UDC a aussi clairement averti qu’elle allait rester sur cette thématique, et donc imposer ce débat.

De plus, certains libéraux-radicaux ne veulent pas de grabuge au sein du parti en cette année électorale. A tort, selon François Couchepin. «Quand on s’aligne comme des grands sur l’UDC, en principe, on perd. Je pense qu’il est temps de montrer qu’on n’accepte plus de se faire mener par le bout du nez et d’avoir le courage d’aller dans une nouvelle direction. Le PLR a été fondé pour permettre aux gens de s’épanouir, pour empêcher que les grands mangent les petits. Aujourd’hui, on en est loin».

Les points du programme qui dérangent

1 REGROUPEMENT FAMILIAL
Parmi ses propositions, le Parti libéral-radical veut rendre le regroupement familial plus difficile pour les étrangers en Suisse. «Les migrants au bénéfice d’un permis B doivent disposer des conditions financières et d’un logement suffisant pour la famille», a par exemple dit la conseillère d’Etat Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, ajoutant que parmi les migrants hors Union européenne, plus de la moitié profitent en fait du regroupement familial et sont «souvent très difficiles à intégrer».

Le PLR propose surtout que les réfugiés attendent dix ans avant de pouvoir faire venir leur famille. Le manifeste des opposants romands s’insurge contre cette idée, rappelant que, contrairement aux autres migrants, le réfugié ne peut pas rentrer dans son pays pour y voir les siens. Priver quelqu’un de liens familiaux pendant dix ans? Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés s’était également emparé de la question lorsque le conseiller national Philipp Müller avait lancé cette idée dans une initiative parlementaire déposée l’automne dernier. Verdict sans appel: l’unité familiale est un droit fondamental!

2 LA LIBRE CIRCULATION
Le PLR s’en prend également à la libre circulation des personnes et propose d’instaurer un permis de séjour de douze mois au lieu de cinq ans afin de pouvoir le retirer plus facilement en cas de chômage. Il veut également que seuls les Européens ayant un emploi puissent pouvoir immigrer en Suisse. Et les retraités? Les auteurs du manifeste émettent des doutes sur la conformité de ces propositions avec les traités bilatéraux et demandent que le PLR se base plutôt sur une étude précise concernant l’apport des bilatérales en matière de création d’emplois afin de forger son opinion.

3 LE LOGEMENT
Qu’est-ce que le logement vient faire dans un discours sur l’immigration? Pour le PLR, les loyers augmentent dans les centres urbains qui comptent le plus de travailleurs qualifiés d’origine étrangère, ce qui oblige les populations locales et les personnes moins riches à quitter leurs quartiers. Conséquence: mitage du territoire, développement de nouvelles infrastructures et donc des coûts supplémentaires à la charge des collectivités publiques. Le PLR demande des constructions meilleur marché, des logements à haute densité et en profite pour faire parler de son initiative contre la bureaucratie. Mais Claude Ruey déplore un amalgame avec l’immigration qui stigmatise encore les étrangers.

4 LE TON
«Le mélange de différentes cultures n’est pas toujours bénéfique pour notre pays». «La migration des pays tiers doit être limitée à l’essentiel». «Trop de personnes non qualifiées ont immigré comme mains-d’oeuvre bon marché». Ce ton que ne renierait pas l’UDC déplaît aux auteurs du manifeste qui y voient une vision purement négative de l’étranger, craintive voire peureuse et demandent que la tradition humanitaire qui a construit ce pays soit respectée.

http://www.lematin.ch/actu/suisse/liberaux-radicaux-romands-estiment-parti-proche-udc-380311

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