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Lutry: Malaise face à deux roms devant la porte du temple

Lutry | Les paroissiens sont partagés face aux deux mendiants au sortir du culte. La pasteure les invite à ne rien donner. Reportage.

La présence de mendiants devant le temple de Lutry suscite le malaise.

Le mot d’ordre est tombé juste avant Noël. La paroisse réformée de Lutry a demandé à ses fidèles de ne plus faire l’aumône devant le temple. Une mesure qui veut répondre à un sentiment d’envahissement et à la peur d’alimenter des réseaux de mendicité. Le malaise plane à l’heure du culte.

Dimanche matin à 10 h. Assis sur un petit banc à une dizaine de mètres de l’église, Johan et Jordan attendent le début du culte dominical. Les deux roms ne sont pas là pour prier Dieu: «S’il vous plaît, donnez-moi 10 francs pour manger aujourd’hui!»

Grand manteau brun, casquette stetson vissée sur le crâne, Johan, 30 ans, vient de la région d’Alba Iulia dans le centre de la Roumanie. Dans son anorak noir, Jordan, 25 ans, détaille son parcours dans un français hésitant. «C’est la première fois que je suis ici. J’ai cherché du travail. Je n’en ai pas trouvé ni à Lyon, ni à Paris, Grenoble, Avignon, Nîmes…» Sans métier et sans formation, les deux hommes ont vainement cherché à se faire engager dans un domaine agricole ou sur un chantier. Ils se donnent encore quelques semaines avant de reprendre le bus et rejoindre femme et enfants en Roumanie. Mais pour cela, ils doivent encore amasser un peu d’argent du billet de retour.

Moins de concurrence

Mendier devant une église est-il plus payant qu’ailleurs? «Il n’y a pas de différence», tranche Johan à travers sa barbe noire. Il n’empêche, les deux roms reconnaissent quand même qu’il y a moins de «concurrence» à Lutry qu’à Lausanne.

Face au tableau offert par ces deux mendiants jouant sur la tradition de l’aumône au sortir des lieux de cultes, les fidèles sont partagés. Alors que les cloches se mettent à sonner, Johan interpelle un monsieur âgé au bon accent vaudois. Coup de chance! Une thune finit au fond de son gobelet. Le généreux donateur sait-il qu’il a transgressé la consigne donnée par la paroisse? «Oui, je sais. Mais ça ne regarde que lui et moi. Tant mieux si la paroisse fait quelque chose… mais je ne sais pas ce qu’elle fait!»

Le flot de paroissiens s’intensifie. Les deux mendiants se plantent alors à côté de la porte du temple. Mais la pasteure veille et les chasse immédiatement.
A la fin du culte, Johan et Jordan ont disparu. «Ils sont partis, les deux gaillards? demande un paroissien appréciant cette tranquillité. Je n’apprécie pas leur présence ici. Je pense qu’ils n’ont pas à mendier devant le temple. Un panier pour manger et boire, ça ne suffit pas? Je crois qu’ils aiment trop l’argent.» Un autre homme est tout aussi catégorique: «J’ai été en Amérique du Sud. On m’avait dit de ne jamais donner d’argent. En Suisse, je ne vois donc pas de raison qu’il y ait des mendiants.»

Argent ou nourriture

Le débat sur le comportement fait rage à la porte du temple. «Je leur donne à manger et de l’argent, souligne une dame. Je peux comprendre la paroisse, mais je pense qu’on a besoin d’argent pour vivre dignement.» Reste qu’il est difficile de se faire une idée tranchée sur la question. Une fidèle, qui applique la consigne paroissiale, témoigne de son malaise: «Je suis tiraillée. Certains disent qu’ils viennent de Lyon et que c’est une mafia. D’autres que ce sont des familles qui sont à Lausanne et qui font vivre leur famille en Roumanie. Auquel cas, donner de la nourriture ne suffit pas. On nous dit de donner à des œuvres, mais je souhaiterais plutôt qu’on s’organise pour soutenir éventuellement une des familles ici.»

www.24heures.ch/vaud-regions/actu/malaise-face-roms-devant-porte-temple-2011-03-25

Une réflexion sur “Lutry: Malaise face à deux roms devant la porte du temple

  1. Voici la déclaration du responsable de Opre Rrom.Groupe lausannois d’action et de solidarité avec les Roms

    « Décidément, certains partis de droite sont toujours à la recherche de la formule qui inquiète, fut-elle fallacieuse. Faire peur est un levier habile en temps de campagne, et qui, malheureusement marche souvent en empêchant de réfléchir. « Touiller » dans les vieux réflexes est plus facile que faire appel à l’intelligence.
    Et malheureusement certains, rédacteur en chef adjoint ou ancien rédacteur apportent de l’eau à leur moulin en lançant dans la presse des éditos choquants, rédigés depuis un bureau, sans citer de sources et sans aucune réalité avec le terrain. Ils parlent de plus de personnes incapables de les lire et donc de se défendre. Ils oublient que la police, après enquête, a dit ne pas avoir de preuves de l’existence de groupes organisés criminels.
    La nouvelle formule : « Mendier par métier ». On sous-entend par là, mendicité organisée, voire mafieuse.
    Des mafias roms ? Il y en a certainement. Comme il y a des mafias italiennes, russes, israéliennes, étatsuniennes, arabes, chinoises, africaines, etc. Les Roms – faut-il le rappeler ? – sont des êtres humains comme les autres. Mais voilà, quand il y a discrimination avérée, on généralise tout de suite.
    Nous pouvons affirmer, qu’à notre connaissance, pratiquement tous les Roms qui mendient à Lausanne ne viennent d’aucune mafia. Ils viennent de villages misérables, sans eau courante, sans électricité, sans infrastructures salubres, en Roumanie, en Slovaquie, en Bulgarie, c’est-à-dire en Europe ! Si l’on peut penser qu’ils sont organisés, c’est qu’ils ont une solidarité familiale au sens large du terme (village, quartier).
    Il y a peu, au café de la LICRA à Genève, un de mes amis roms a demandé au public : « lequel d’entre vous aimerait rester à genou en tendant la main de 8 heures du matin à 6 heures du soir pour assurer son manger et son dormir ? ». Personne n’a répondu. Non, on ne mendie pas par plaisir, ni pour faire fortune. La plupart ont honte, certains s’accommodent mieux de cette fatalité. Ils n’ont pas d’autre possibilité.
    Les Roms n’aiment pas travailler ? Des jeunes, pleins de force ne demandent que ça. Mais voilà, analphabètes pour la plupart, ils n’ont aucune formation, et ni même d’ailleurs l’autorisation de le faire chez nous. Qui pense à leur donner un petit emploi temporaire ? Ils sont prêts à faire n’importe quoi plutôt que mendier. Quand on parle de « mendier par métier », on fait insulte à des gens qui tendent la main pour un gagne-pain occasionnel de survie, alors qu’ils rêvent d’un vrai travail.
    Que l’on cesse enfin de stigmatiser ces populations qu’on n’a jamais fait l’effort d’intégrer vraiment. Que l’on cesse enfin de les voir en sous-hommes qui auraient d’autres rêves et d’autres désirs que nous, c’est-à-dire d’élever des enfants dans la sécurité et avec une vision d’avenir. Nos trottoirs ne sont certainement pas ce qu’ils souhaitent pour eux.
    La solution du problème est, bien sûr, dans l’éducation des jeunes générations. Le regard que nous jetons sur eux peut faire partie aussi de cette éducation, pour nos jeunes et pour leurs jeunes. Démontrons-leur, par un accueil décent et humain, que nous les considérons capables de sortir un jour de leur misère.
    C’est une partie des objectifs de Opre Rrom, ici et chez eux.
    Lausanne, février 2011 »

    Notons au passage l’angélisme et la démagogie d’un tel discours. Non il n’ y a pas de « mafia » Rom selon les enquêtes de police. Mais il y a bien des petits chefs « familiaux » qui maintiennent les jeunes et les femmes de leur clan dans un abrutissement psychologique suffisant pour ne leur laisser que l’ultime opportunité d’une soumission complète a un dictat patriarcal. Pour obtenir la soumission de leur membres, ces petits chefs n’ont pas intérêt à ce que leurs esclaves apprennent à lire ou à écrire. Le système de mendicité organisé au profit de leur leaders implique aussi la violence, le droit de cuissage, la menace et autres pressions sur lesquelles les abrutis de Opra Rrom préfèrent fermer les yeux en bon démagogues de l’humanisme de façade qu’ils sont.
    Si un jeune Rom essaye de quitter son clan pour échapper à la mendicité, celui ci sera très vite rattrapé par les capos de son groupe et racquetté sur son salaire.
    Il serait grand temps que ces pratiques soient révélées au grand public. Ce que ne fera pas Opra Rrom par crainte d’apporter de l’eau au moulin de ses détracteurs. Opra Rrom par ses déclarations se fait complice d’un système d’exploitation odieux et inepte, il sert de couverture à ce systéme d’esclavagisme en lui donnant une légitimité.

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