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«Contre le trafic de rue, dépénalisons la drogue!»

Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions, relance le débat sur une réglementation du marché.

C’est un fléau qui empoisonne Lausanne et Genève. Le trafic de drogue de rue exaspère la population, accentue le sentiment d’insécurité. Et l’insécurité tout court épuise les forces de l’ordre comme le pouvoir judiciaire. S’appuyant sur les recommandations mondiales, Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA) en appelle à débattre à nouveau de la dépénalisation des drogues.

Lausanne et Genève sont devenus des eldorados pour les vendeurs de cocaïne et de cannabis. Comment en est-on arrivé là?
La visibilité du marché ne veut pas dire que la police et la justice ne font rien. Elles font le maximum, mais obtiennent peu de résultats. Car la demande est forte et ne vient pas seulement des personnes toxicomanes. Il y a toute une catégorie de personnes insérées socialement et qui consomment des drogues.

Pourquoi ne pas s’attaquer plus fermement aux consommateurs?
C’est la pire des solutions. Quand on pénalise davantage les consommateurs, on a tendance à les enfoncer dans leur pratique.

A-t-on atteint les limites de la politique antidrogue en Suisse?
La Suisse est un modèle en termes de réduction de la demande en diminuant la consommation et les dommages, notamment pour l’héroïne. En revanche, on a renoncé à s’occuper de l’offre. En 2004, le parlement a refusé la réglementation partielle de vente de cannabis proposée par le Conseil fédéral. Depuis, un discours populiste de guerre à la drogue s’est installé. Depuis 2008, on a augmenté la répression sur le trafic et les consommateurs, ce qui a provoqué l’explosion du deal, surtout du cannabis, principal produit sur le marché.

Cette lutte a échoué dans tous les pays, estime la Commission mondiale sur la politique des drogues, qui préconise leur dépénalisation. Mais des expériences montrent-elles des résultats?
Le Portugal a mis en place une politique de dépénalisation des drogues. La consommation reste interdite, mais il n’y a pas de pénalité. Au lieu d’avoir un tribunal qui vous juge, un groupe d’experts vous rencontre. Et les consommateurs doivent discuter avec des spécialistes. Conséquence: la consommation des jeunes baisse. Ce pays continue à collaborer avec ses voisins pour lutter contre le trafic. Mais il est moins répressif avec les consommateurs.

Alors on baisse les bras?
Justement pas! On observe que les pays les plus répressifs sont ceux où il y a le plus de consommateurs. A l’inverse, les moins répressifs obtiennent une réduction de la consommation, comme au Portugal et aux Pays-Bas.

En Suisse, où en est la réflexion sur la dépénalisation des drogues?
Les politiques ont laissé pourrir la situation. Maintenant, nous sommes bien obligés de rouvrir ce débat. Comme les parlements de la Ville de Zurich et du Canton de Bâle-Ville l’ont fait en votant la réglementation du marché du cannabis.

Le GREA prône la réglementation de la drogue. En quoi cela permettrait-il de lutter contre le deal de rue?
Il faut reconnaître que le trafic de drogue suscite un sentiment d’insécurité dans les grandes villes suisses. Si l’on veut se débarrasser des dealers en ville, la meilleure solution est celle de la réglementation. Elle permet d’agir sur le marché, de mieux protéger les mineurs et de stopper le supermarché de la drogue à ciel ouvert.

Comment s’organiserait cette vente encadrée?
Il faut d’abord s’occuper du marché du cannabis, le plus important en Suisse. Cette drogue est dangereuse, provoque la dépendance, mais sans danger vital. En plus, les taux de THC, de 10% à 15%, sont stables depuis dix ans. En Espagne et en Belgique, la drogue reste interdite, mais il y a une tolérance. Ils ont mis en place des coopératives de consommateurs, supervisées par la police. Un accès réglementé permettra une meilleure répression redirigée vers la protection de la jeunesse. Un autre modèle proposé par le gouverneur de Californie, réglementation, réputé peu laxiste: la réglementation du marché avec une taxation du produit. On peut imaginer un système de vente proche des médicaments.

Mais le tourisme de la drogue exploserait à Genève, voisin de la France…
Il faudrait bien entendu restreindre ce marché à la Suisse, par exemple en présentant une pièce d’identité à l’achat, comme les Pays-Bas viennent de l’instaurer.

Les Pays-Bas connaissent justement ce problème, car les dealers apparaissent pour alimenter les touristes.
Il y aura toujours des problèmes à la marge, mais on diminuera l’intensité du trafic. Car si 90% des consommateurs sont encadrés dans un système réglementaire, il ne restera que 10% de clients visés par les dealers. Pour eux, le marché sera moins intéressant. De plus, l’entier des moyens de répression pourra se concentrer sur eux. Ils seront donc nettement moins nombreux dans la rue.

La cocaïne pose des problèmes de santé majeurs. La légaliser serait dangereux, non?
Il y a des risques. Il faudrait lancer un projet pilote, organiser cette vente de façon extrêmement contrôlée et procéder à des évaluations systématiques. En attendant, si l’on veut lutter plus efficacement contre le marché de la cocaïne, il faut d’abord réglementer celui du cannabis.

Lausanne préfère chasser les dealers

«Dépénaliser la drogue pour lutter contre le trafic de rue n’est pas une bonne idée. Plus un produit est facilement disponible, plus il est consommé. Le marché de la drogue au niveau mondial représente de telles sommes que les dealers ne lâcheront jamais rien. Au contraire, je pense que le marché grandirait.» Pour Marc Vuilleumier, municipal lausannois de la police, la société actuelle aurait plutôt besoin d’un renforcement de ses cadres que d’un assouplissement. «La dépénalisation représenterait un très mauvais message pour les jeunes et pour les familles touchées par la drogue, qui ne comprendraient pas une telle politique. La lutte contre le trafic de drogue au niveau mondial est un échec, d’accord. Mais ce n’est pas une raison, à notre niveau, pour baisser les bras.»

Pour le syndic, Daniel Brélaz, qui a promis de chasser les dealers de la capitale vaudoise au plus tard en 2014, la dépénalisation est une «utopie» qui n’aboutira jamais en Suisse. Il entend plutôt «faire l’impossible» pour supprimer les scènes ouvertes de la drogue à Chauderon, à Saint-Laurent et à la Riponne, tout en résolvant le problème des prisons surchargées. Daniel Brélaz annonce ainsi des propositions concrètes d’ici à la fin de l’année.

http://www.24heures.ch/vaud-regions/Contre-le-trafic-de-rue-depenalisons-la-drogue/story/21351284?cache=9efAwefu

 

Une réflexion sur “«Contre le trafic de rue, dépénalisons la drogue!»

  1. Les gros consommateurs réguliers n’achètent jamais dans la rue, ils se font livrer à domicile, c’est plus sûr et plus discret et ils connaissent leur dealer avec lequel ils ont un rapport de confiance donc des crédits et des bonus.

    Ceux qui achètent dans la rue sont des consommateurs occasionnels et des gens qui ne sont pas regardant sur la qualité et le prix du produit, des novices qui se font un petit extra de temps en temps.

    Les dealers de rue servent souvent à accrocher des novices qui finiront avec le temps par devenir des clients plus sérieux et passeront par le mode livraison à domicile.

    Même si elle est utopique, la dépénalisation aurait au moins l’avantage de porter un coup financier aux mafias et soulagerait la police d’une grande partie de son travail de surveillance et d’une énergie et de moyens qu’elle pourrait consacrer à d’autres délits.

    La lutte contre la drogue est à mon avis un combat perdu d’avance. Ce qui n’empêche pas de faire disparaître les dealers visibles de nos rues afin de les rendre plus « propres » mais ils ne sont que la pointe d’un Iceberg qu’on ne détruira jamais.

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