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Un no man’s land vaudois pour les requérants d’asile

Des requérants logés à la caserne des Rochats, lieu perdu aux confins du canton de Vaud? Sur place, on s’étonne.

topelement

Les Rochats, sa caserne militaire grisouille d’un côté de la route, son chalet-restaurant de l’autre, avec ses spécialités de tripes et de chasse l’automne. Et c’est tout. Il n’y a rien d’autre sur cet alpage jurassien, situé aux confins du canton de Vaud, à l’exception très notable d’un vaste réseau de pistes de ski de fond connectées aux Rasses, qui, l’hiver, fait le bonheur des adeptes de la discipline.

C’est dans ce cantonnement isolé, à 1164 mètres d’altitude, que l’Office fédéral des migrations (ODM) souhaite loger plus d’une centaine de requérants d’asile. Pour y accéder depuis Provence, le village le plus proche, on roule 6 kilomètres sur une petite route, on négocie quelques virages et on vibre en franchissant deux bovi-stop. Ce samedi-là, on quitte une mer de brouillard pour découvrir, aux Rochats, un ciel bleu et un grand soleil. Il y a beaucoup de voitures parquées près du restaurant; la grande majorité ont des plaques neuchâteloises.

Les fondeurs ont entendu parler de la venue probable de requérants dans leur paradis. Peu s’en émeuvent. «Une chose est sûre, un Erythréen paumé ici ne dénaturera pas plus le site que les cinquante tanks qui y étaient l’autre jour», rigole Hubert, 48 ans, tandis qu’il range ses lattes dans le coffre. Plus sérieux, le Neuchâtelois et sa compagne s’étonnent du message véhiculé par le choix d’un tel lieu. «Que vont-ils faire ici? Ça va être un choc.»

La peur du vol

Plus loin, un couple de seniors actifs maugrée. «Qu’on les mette très loin de tout, et qu’ils repartent très vite. Mais, si la Confédération fait loger des requérants ici, on fera bien attention de fermer à clé notre voiture.» Ce genre de remarques, les patrons du Restaurant des Rochats l’ont entendu plus d’une fois depuis l’annonce de l’ODM, il y a dix jours. «Des clients nous disent qu’on devra faire attention, qu’on va être cambriolé, glisse Sylvia Cand. Moi, je ne m’inquiète pas pour le moment. Il n’y a pas que de mauvais gens, ce sont des êtres humains. S’ils se comportent comme nos clients, nous les accueillerons comme tels.»

Le couple d’exploitants parle avec d’autant plus de précaution qu’il est locataire de la Confédération, qui possède le restaurant. Les patrons du lieu disent ainsi n’être au courant de rien, et avoir appris la nouvelle par la presse. «Il y a de moins en moins de militaires ici, note Sylvia Cand. Cet été, il y a eu une école de recrues et, en décembre, des exercices. Quand on a repris le restaurant en 1991, la caserne était beaucoup plus occupée.»

Dehors, des enfants font du bob, et le va-et-vient de voitures se poursuit. Une animation qui tranche avec le calme quasi sépulcral régnant à Provence cette fin d’après-midi. La localité de 350 habitants semble endormie. La probable venue des demandeurs d’asile ne semble pas avoir déclenché de mouvements de grogne au sein de la population. Pas encore, peut-être?

Ils «attendent de voir»

Dans l’unique bistrot du village, Christian Favre hausse les épaules: «Que voulez-vous, on n’a pas notre mot à dire et puis voilà. Mais pourquoi les mettre là-haut? Si on leur met à disposition un bus par heure pour se rendre à Yverdon, ce serait bizarre: on n’a pas ça, nous.» Quelques rumeurs se propagent sur un ton narquois: Berne devra remplacer les matelas pour des modèles ignifuges et changer tous les lits des dortoirs, car ils seraient 10 centimètres trop étroits pour l’accueil des demandeurs d’asile. Taiseux, les Provençois «attendent de voir». De voir combien de requérants seront logés aux Rochats, et s’ils pourront venir au village. «Ça n’aurait pas de sens qu’on les envoie ici: il n’y a rien à faire à Provence. Nous sommes le seul commerce», note la tenancière du café, Dominique Favre.

Taiseux et un peu fâchés, les Provençois. Le Conseil communal avait été mis dans le secret début décembre; la consultation des autorités devait durer jusqu’à mi-janvier. En parlant aux médias la semaine passée, l’ODM «nous a cocufiés, tempête un élu. Ce n’est pas sérieux!»

Un programme d’occupation pour les requérants

L ’Office fédéral des migrations (ODM) l’assure: rien n’est encore fixé, la consultation se poursuit avec le Canton et la Commune. Trop tôt donc pour évoquer les conditions qui régiront l’éventuel séjour des requérants d’asile aux Rochats, censé devenir «succursale» du Centre de Vallorbe pour trois ans.

La porte-parole Gaby Szöllosy évoque néanmoins ce qui s’est fait au centre d’hébergement provisoire de Tschorren (BE) – lui aussi isolé –, qui a fermé en octobre. «Nous avons mis en place des programmes d’occupation: sur une base volontaire, les requérants ont pu nettoyer la voie publique, désherber des chemins, et recevoir un salaire de 30 francs par jour.» Tous recevaient en outre des billets de transport public valables vingt-quatre heures pour se déplacer chaque week-end.

La porte-parole insiste sur un point: «Nous ne cherchons pas à loger les requérants dans des endroits isolés, seulement, on prend ce qu’on trouve.» Présidente de l’ARAVOH (Association auprès des requérants d’asile de Vallorbe œcuménique et humanitaire), Yvette Bourgeois regrette la situation: «Ces personnes sont assez chamboulées par tout ce qu’elles ont vécu, elles ont besoin de vivre, de sortir, de bouger. A Vallorbe on le voit bien, les requérants sont surpris par le peu de monde dans la rue et nous demandent: «Où se tiennent les gens ici ?»

http://www.24heures.ch/vaud-regions/nord-vaudois-broye/Un-no-man-s-land-vaudois-pour-les-requerants-dasile/story/27458575

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