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L’été de tous les dangers pour les ados étrangères

Beaucoup de jeunes filles d’origine étrangère redoutent la période des vacances d’été. Un retour au pays natal s’accompagne parfois par un mariage forcé. La loi qui poursuit cette pratique est entrée en vigueur ce lundi.

fille mariage forcé afghan

Les histoires se ressemblent souvent. Elmedina, d’origine kosovare, a été forcée d’épouser un inconnu sous la menace de son oncle au pays. Son propre père l’avait également menacée de mort si elle refusait. «Mon père m’a forcée à aller au Kosovo. J’espère que la Suisse ne reconnaîtra pas ce mariage», explique-t-elle dans le Tages-Anzeiger de lundi.

Sinthuja, d’origine tamoule, a connu les mêmes déboires: un père qui insiste pour passer les vacances au Sri-Lanka afin de lui présenter un homme. La jeune fille a rompu tout contact avec sa famille, comme l’explique lundi le Blick. De tels drames tomberont désormais sous le coup de la loi qui annule et poursuit d’office les mariages forcés. Le texte est entré en vigueur ce lundi.

400 cas par an

L’avocate Yvonne Meier à Baden salue ce tour de vis, alors que les mariages forcés représentent officiellement au moins 400 cas par an en Suisse, selon une étude de l’Université de Neuchâtel réalisée pour le compte de l’Office fédéral des migrations (ODM).

«Auparavant, j’aurais dû dire que ma cliente avait été sérieusement menacée en Suisse pour son mariage soit invalidé.» Désormais il suffit de dire qu’elle n’était pas consentante. Les peines pour les proches qui imposent le mariage ont été alourdies à cinq ans de prison, contre trois précédemment.

Ce phénomène ne touche pas qu’une culture ou une religion. «C’est surtout la structure sociale patriarcale qui prédomine à des degrés divers partout dans le monde», souligne Melanie Martin au bureau de la ville de Zurich pour l’égalité. La cité de Zwingli enregistre chaque année entre 10 et 15 cas de mariages forcés.

Délicat pour l’Etat civil

Les garçons ne sont pas épargnés, bien que les filles en soient les principales victimes. «Ces jeunes indiquent à l’école qu’ils redoutent les vacances d’été car ils craignent de revenir mariés en Suisse», ajoute Melanie Martin qui veut mettre en avant les changements de la loi dans les écoles et les apprentissages. Comme le fait que les mariages forcés conclus à l’étranger sont condamnables en Suisse.

Elle regrette simplement que la loi ne démarre qu’au niveau de l’Etat civil, quand c’est déjà trop tard. «Tout est déjà manigancé, les parents y veillent et les enfants sont sous contrôle», regrette-t-elle.

La pression se déplace sur les officiers d’Etat civil qui doivent dénoncer de telles unions en cas de doute manifeste. Une tâche délicate envers les jeunes gens qui peuvent se retrouver exclus de leur famille le cas échéant. «Ce n’est pas parce qu’un couple est nerveux ou que le père est présent qu’il y a automatiquement mariage forcé», souligne Roland Peterhans, directeur de l’Office de l’Etat civil de Zurich.

www.24heures.ch

«C’est la saison des mariages forcés», déplore Anu Sivaganesan, porte-parole de Zwangsheirat.ch. L’organisation d’information et de conseil sur les mariages forcés enregistre davantage de sollicitations lors des vacances.
Elle traite actuellement jusqu’à huit cas par semaine, dont un en provenance de Suisse romande. «Des différences selon les régions linguistiques sont constatées. En Suisse alémanique, nous avons beaucoup de demandes venant de personnes issues des Balkans et très peu d’Afrique. En Suisse romande, par contre, les demandes venant de personnes africaines sont plus fréquentes.» Anu Sivaganesan note que des demandes d’aide émanent aussi d’hommes. Des cas plus fréquents côté francophone.

Balkans, Turquie et Sri Lanka

Les mariages forcés touchent avant tout des jeunes femmes d’origine étrangère, selon l’Université de Neuchâtel. La Turquie, le Sri Lanka et les pays balkaniques figurent en tête de liste.

L’étude avance comme raisons aux mariages forcés des différences entre générations et des aspects de politique migratoire. Les parents espèrent souvent protéger leurs filles et fils en les retenant dans leur communauté ethnique, nationale, linguistique ou religieuse. En revanche, leurs enfants ayant grandi en Suisse ont parfois d’autres projets.

www.20min.ch

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