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Ce commentaire qu’Antonio Hodgers ne veut pas que vous lisiez

Antonio Hodgers à l’école de Machiavel ?

 Devant la tragédie de la mort d’Adeline, égorgée contre un tronc d’arbre par un violeur récidiviste, armé aux frais de l’Etat, le jeune candidat des Verts au Conseil d’Etat genevois a cru indispensable de voler au secours du modèle anti-sécuritaire de son parti. Sur son profil Facebook, Antonio Hodgers qualifie la tragédie de « prix à payer » pour satisfaire à l’idéal de la réinsertion. Un point de vue que l’on a beaucoup entendu à gauche, et qui a le don d’en agacer plus d’un par cette façon presque cynique de ranger les tragédies de Lucie, Marie et Adeline au rang de risques statistiques, de quantités négligeables sur le chemin de la révolution en marche.

Il ne sera pas le premier à fauter sur Facebook, et, outre l’idéologie fallacieuse, la démarche inélégante et la démagogie, à quelques encablures des élections, plus qu’évidente, force est de constater que le jeune Vert n’a rien commis de plus qu’une franche maladresse; une de plus diront certains.

Voici son commentaire (1):

« En pensée avec la famille d’Adeline et tous les professionnels qui travaillent avec d’anciens criminels en vue de leur réinsertion. Le prix à payer pour cet idéal est parfois très cher.« 

Cependant, le public ne se laisse pas prendre par l’affliction feinte du jeune politique et les réactions sont immédiates. Antonio Hodgers se couche:

« Je l’ai retiré, car vu l’hystérie ambiante, alimentée à des fins politiques,« 

explique-t-il sur le profil du PLR Christian Lüscher (1, 2, 3) auquel il adresse un reproche plein d’amertume pour avoir oser transcrire le sens réel de sa tirade. Comme souvent à gauche, la justification sera bien pire que ce que l’on prétend justifier. Et le fait est qu’après tant d’années de cajoleries médiatiques, la gauche du Parlement est encore mal rompue à l’outrecuidance d’une critique à son encontre.

Hodgers facebook

Les médias d’Etat tenteront d’ailleurs la rescousse sur le ton détaché de la surprise, parlant de « rumeurs » et de « menaces de capture d’écran« , laquelle, semble-t-il, n’attendait que Les Observateurs pour être publiée.

Le fardeau de la preuve

Fort du souffle médiatique au creux de ses voiles, Antonio Hodgers bombera le torse, exigeant force excuses de la part de son confrère, chargeant lourdement Pierre Maudet des conséquences d’une politique pour laquelle lui-même et son parti militent depuis dix ans et défiant l’ensemble des internautes de fournir la moindre preuve de propos dont il assure pourtant assumer jusqu’à la dernière virgule.

Le Conseiller national vert, cependant, semble réaliser la nature objective du malaise général qui a sanctionné sa petite sortie et accuse, en somme, Christian Lüscher de ne pas avoir fait preuve de corporatisme; entre gens du même monde…

« Sur ce type d’affaire, et sur facebook, il n’y a pas de « si » Christian. Si tu avais un doute, tu pouvais m’appeler pour le dissiper au lieu d’en faire un post.

[…] Excuse-toi et efface tous ces commentaires indignes à l’égard de la famille d’Adeline.« 

De par son monopole systématique du coeur, la gauche dispose encore du monopole de la détresse des familles victimes de son idéologie; cela va de soi.

« Le fardeau de la preuve est à celui qui calomnie : demandez à lüscher de prouver ce qu’il affirme, au lieu de vous acharner sur moi.« 

A gauche on fait aussi d’excellentes victimes.

Mais deux choses sont particulièrement relevantes ici: Hodgers admet l’éventualité d’un doute possible à l’interprétation de sa pensée, un doute susceptible de faire l’objet d’une preuve. Ce doute, M. Hodgers l’aura ressenti au point d’y succomber et de prendre lui-même la décision de se censurer.

La preuve

Sur le fil des commentaires au post de Lüscher, lesquels n’ont pas connu le régime de censure qu’Hodgers, dans l’urgence du moment, a imposé au sien, un intervenant, avocat fribourgeois de son état, vient apporter un élément nouveau:

« Je confirme M. Lüscher. Il l’a écrit hier sur FB. Il a supprimé de suite mon commentaire courtois mais désapprobateur. C [‘est] un scandale de lire des choses pareilles, de plus de la part d’un élu national. Il faut que ça se sache.« 

Mais qu’a-t-il pu bien comprendre de ce qu’il a lu ? Antonio Hodgers va lui en fournir une traduction limpide:

« J’ajoute que M. Hodgers a tenté de justifier ses propos par messages privés en m’écrivant entre autres:  » on construit bien des routes et on sait qu’il y aura des morts ». Je vous laisse apprécier l’argumentaire.« 

C’était donc bien cela, c’est précisément cette pensée froide et sèchement cynique, nonobstant tout ce qu’il y avait pu mettre de bons sentiments, qu’Hodgers n’a plus pu supporter au point de préférer, une fois n’est pas coutume, se réduire lui-même au silence.

Après coup, comme un animal blessé, la dénégation obstinée étant souvent le dernier argument de celui qui a peur, Antonio Hodgers ira jeter son gantelet à la face de l’infidèle confrère et dire toute la considération qu’il a en réalité pour l’opinion de ce bas peuple dont il vient pourtant solliciter l’amitié sur Facebook:

« Je n’avais plus de loisir de faire la modération des abus et autres inepties qui s’expriment en ces temps.« 

Hodgers facebook2

Ce qu’Antonio Hodgers n’a pas eu en l’occurrence, c’est le cran d’admettre non ce qu’il avait écrit mais bel et bien ce qu’il avait  pensé, qu’une vie ramassée au passage est peu de chose pourvu que l’idée triomphe, une idée qui veut résorber l’inégalité faite au criminel que l’on enferme. Il n’a pas été capable d’assumer le choc visuel, et intellectuel, de ses déclarations et l’on goûte ici en plein à la versatilité substantielle de toute l’idéologie qui anime la pensée et les actes d’un homme de gauche.

Elevé au grain de la filière des Verts, Hodgers est convaincu qu’il n’a pu faire ce qu’il a fait parce qu’il est ce qu’il est. Il est de gauche, il a raison par essence comme la droite a tort par existence, et si on lui oppose les faits, il ne peut s’agir que d’un piège, la réalité ne saurait lui être contraire, c’est une offense:

« Je n’ai jamais écrit, dit ou pensé cela. C’est parfaitement absurde. Une telle horreur ne peut jamais être le prix à payer. Le fait que le politique responsable de cette atrocité soit le PLR Pierre Maudet n’excuse pas tout. J’attends tes excuses publiques.« 

Pourtant ce n’est pas M. Lüscher qui a censuré ce post. Et s’il ne disait pas ce qu’on y lit, que crever scotchée à un arbre, la jugulaire tranchée, laissant une petite fille qui ne connaîtra jamais sa mère, était le prix à payer pour soutenir la politique de réinsertion des Verts genevois, pourquoi l’avoir retiré ?

Sans doute parce qu’on ne pouvait mieux exprimer en si peu de mots la profonde inhumanité de la pensée de gauche en matière prétendument sociale, où les honnêtes citoyens n’ont qu’à offrir leurs corps en pâture à l’idole triomphaliste d’une société qui, niant la nature violente, mauvaise, des hommes sans ordre moral ni pénal, a déchaîné une violence sans précédent contre les fondements de notre société.

« C’est parfaitement absurde.« 

Hodgers a compris.

www.lesobservateurs.ch

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