Insécurité/Justice/Violence

Un Kosovar avait égorgé un retraité puis joué son butin au casino: il sourit en arrivant au tribunal

par Julien Culet – Un quadragénaire kosovar addict au jeu comparait cette semaine au Tribunal criminel pour avoir égorgé en 2012 un septuagénaire à qui il devait 7000 francs.

Casino, PMU, Loto, l’accusé souffre d’une grave addiction au jeu. Pour l’assouvir, ce Kosovar de 43 ans, a contracté de nombreux prêts. Le dernier, d’un montant de 7 000 francs, aura été fatal à un homme de 78 ans, client régulier du café dans lequel il était employé.

Le 7 avril 2012, le prévenu se rend au domicile du retraité, situé rue Caroline, à Carouge (GE). Il veut obtenir un délai de remboursement. Il s’est muni d’un couteau à viande. «Pour l’intimider», affirme-t-il. En voyant qu’il n’obtiendrait pas de report, il assène plusieurs coups de couteau à sa victime. Une plaie de quatorze centimètres de long à la gorge lui est fatale.

couteau-en-sang

L’homme a ensuite agi avec un sang-froid effrayant. Il a fouillé l’appartement pour prendre l’argent du septuagénaire puis a vaqué à ses occupations. Il est ainsi allé faire des courses, a cuisiné pour sa femme et lui et est allé à la poste payer des factures. Il a ensuite passé toute la nuit à jouer dans un casino de Meyrin avec l’argent de sa victime. Ce n’est que plusieurs jours plus tard qu’il avoue son crime à sa femme, alors qu’ils enterrent la mère de cette dernière au Kosovo. Son épouse l’a dénoncé à la police à son retour.

Lors des débats de ce lundi matin au Tribunal criminel de Genève, l’homme a semblé avoir perdu la mémoire. Il aurait pourtant été bien plus bavard au cours de l’instruction. Pourquoi a-t-il tué le vieil homme? Il ne peut y répondre. «Anxieux et impulsif, il a eu peur que son monde s’écroule si la victime révélait son addiction au jeu», a estimé pour sa part sa psychiatre, auditionnée hier.

Le procès se poursuit mardi avec l’audition de deux témoins et les plaidoiries. Verdict prévu mercredi.

www.20min.ch/ro/news/geneve/

La partie civile a fait part de la détresse de la concubine du retraité égorgé en 2012. Le procureur a requis 18 ans de prison contre l’accusé, un Kosovar addict au jeu.

«Ma cliente est dévastée depuis le drame. Le choc en a fait une sorte de légume.» Les mots employés mardi par Me Benoît dans sa plaidoirie sont forts. A la hauteur du traumatisme subi par la compagne du septuagénaire, égorgé en 2012 par un Kosovar à qui il avait prêté de l’argent pour éponger des dettes de jeu. L’accusé avait ensuite repris une vie normale avant de passer la nuit à jouer son butin au casino.

kosovo

Le couple a vécu en concubinage pendant une trentaine d’années, jusqu’à ce que leur état de santé ne leur permette plus d’habiter dans leur appartement. La vieille dame, en fauteuil roulant, a alors dû déménager dans un EMS. «La victime lui rendait visite tous les mercredis, jour de loto, avec des petits cadeaux», a témoigné l’avocat de la plaignante, qui est aussi le curateur de la retraitée après avoir été son tuteur pendant plusieurs années.

Les deux retraités avaient pour projet de se retrouver dans le home à fin 2012. Un objectif brisé le 7 avril de cette funeste année . «Je veux que vous me fassiez enterrer à ses côtés, a-t-elle demandé dernièrement. Elle l’aime jusqu’à la mort», a rapporté Me Benoît.

«Un être méprisable»

Ce dernier a ensuite soutenu les réquisitions du Ministère public, qui a demandé une peine privative de liberté de 18 ans. «J’aimerais souligner le comportement de l’accusé lors de l’audience. Il arrive, avec un grand sourire, comme s’il montait sur une estrade. Avez-vous oublié le sourire kabyle que vous avez infligé à la victime? Vous êtes un être méprisable. Vous devriez finir dans le septième cercle de l’Enfer de Dante.»

Pour le procureur Pierre-Alain Chatelain, l’assassinat avec préméditation ne fait aucun doute. «Vous le voyiez tous les jours. Vous avez profité de sa vulnérabilité pour un mobile parfaitement odieux: l’extension d’une dette de 7000 francs.» Évoquant un «massacre», le magistrat a donné sa vision des faits. «La victime présentait des ecchymoses sur les lèvres, signe que l’accusé se trouvait derrière elle pour l’égorger. Il l’a prise par surprise.»

Assassinat pas contesté

Une interprétation contestée par la défense. «Au moment où il frappe, il ne sait pas ce qu’il fait. Il perd le contrôle de lui-même», a expliqué Me Isabelle Poncet Carnicé. Une absence qui expliquerait ses pertes de mémoire concernant les faits. Si l’assassinat n’est pas contesté, l’avocate demande un peine plus «juste, lui laissant un espoir». Elle a tenu à donner une vision plus humaine de l’accusé. «Mon client n’est pas un monstre, un assassin froid et manipulateur. Ce n’est pas un danger pour la société. S’il sourit en entrant, c’est pour sa famille, présente dans la salle.»

Le verdict sera rendu ce mercredi.

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