Immigration/Violence

Violence domestique en Suisse: il s’agit de migrants dans la grande majorité des cas

Le Valais n’est pas épargné par les violences domestiques. Journée d’information et témoignages pour les professionnels à l’aide des victimes.

NON AU SILENCE   » Ce n’est pas parce que les violences sont souvent invisibles qu’elles n’existent pas. Il faut parler encore et toujours de ce sujet pour que les réseaux soient de mieux en mieux outillés pour aider les victimes » , a noté Nicole Langenegger Roux, responsable du Secrétariat à l’égalité et à la famille hier, en marge de la première journée du réseau valaisan contre les violences domestiques organisée à Sion. Les différents professionnels confrontés à ces situations se sont retrouvés pour évoquer les violences domestiques dont les mariages forcés.

Victimes en Suisse

La problématique des mariages forcés touche de nombreux migrants établis en Suisse, et donc en Valais. En 2006, une enquête de la Fondation Surgir a montré que 17 000 personnes seraient concernées par le mariage forcé dans notre pays. Parmi elles, un tiers de mineurs âgés de 13 à 18 ans. Les communautés concernées par ces pratiques sont principalement originaires d’ex-Yougoslavie, de Turquie, du Sri Lanka, du Maroc, de l’Asie centrale et du Moyen-Orient.

fille mariage forcé afghan

Pour se défendre, les victimes disposent désormais d’une loi en Suisse, entrée en vigueur en juillet 2013. « Cette loi ne tolère plus ce qui était prétendument culturel et qui est en réalité criminel » , a précisé Anne Marie von Arx-Vernon, directrice adjointe d’Au coeur des grottes, structure accueillant les victimes de mariages forcés à Genève.

Même si certaines ont réussi à quitter le foyer conjugal après avoir été mariées de force, elles en subiront des séquelles toute leur vie. Comme le précise Leila, qui a écrit un livre sur son parcours pour sortir de l’enfer conjugal. Cette maman d’origine marocaine raconte comment elle a été entraînée dans cette spirale infernale alors qu’elle habitait en France.  » Quand j’avais 20 ans, mes parents sont partis en vacances au Maroc. Mon cousin leur a présenté un homme voulant se marier avec moi. Il était de bonne famille et cherchait à venir s’installer en Europe » , explique-t-elle devant la caméra de feu la réalisatrice valaisanne Carole Roussopoulos (dans « Mariage forcé: plus jamais! »). Leila ne savait rien de cet homme qui deviendra son époux. « Je me disais que cela n’était pas possible que cela m’arrive à moi. »Mais deux semaines après, cet homme a débarqué. « J’ai eu une telle pression de ma famille, on m’appelait du Maroc pour me forcer, mon père m’y obligeait; il y avait le poids de la tradition… » Leila s’est sentie forcée à dire oui. En prononçant ce mot le jour du mariage, elle n’a pas reconnu sa voix. « La possibilité de dire non n’existe pas. »

A peine mariée, Leila doit faire face à un mari omnipotent. Elle se révolte. « Je ne supportais plus d’être la seule à travailler et que ce soit lui qui gère les comptes, mais il m’imposait de me taire. Un jour, j’en ai eu marre, je l’ai crié. La première gifle est arrivée. » Son mari l’empoigne ensuite par la gorge et lui met la tête sous l’eau. « Puis il m’a tapé des dizaines de fois sur la tête. A un moment, je me suis retrouvée accrochée à son visage. »

Leila en ressort marquée physiquement et psychologiquement. « Le plus dur c’est l’aspect psychologique, je n’arrêtais pas de me demander ce que j’avais fait pour mériter ça. Je me sentais une merde; je n’étais rien! »

La jeune femme souffre aussi de ne pas être comprise par les gens lui disant que ce n’est « pas grave ». « Mais C’EST grave: un mariage forcé, c’est un viol! » Leila a donc commencé à « calculer » .  » Je suis entrée dans le jeu de mon mari, j’ai tout fait pour devenir une « mauvaise épouse », je me suis remise à fumer, etc. et je l’ai amené à demander le divorce. » Le jour où son mari l’a informée de sa volonté de divorcer, Leila a jubilé.  » C’était mon trophée.  »

La reconstruction

Au fil des mois, elle s’est reconstruite « à pas de fourmi ». Elle a commencé à parler avec son père et lui a fait comprendre les méfaits des mariages forcés. « Je sais aujourd’hui que mes frères et soeurs seront protégés de cela. » La jeune femme est heureuse aussi d’avoir pu protéger son fils. Elle a d’ailleurs écrit son livre pour lui, « pour qu’il ne soit jamais tenté de perpétuer une coutume archaïque et barbare » , a-t-elle déclaré à la sortie de son livre en 2005. A la réalisatrice Carole Roussopoulos, Leila a avoué aller mieux. « Mais les séquelles sont toujours là et dès qu’un homme s’approche trop près, je m’enfuis car j’ai toujours peur », souligne-t-elle en laissant entendre qu’un jour peut-être, elle pourra à nouveau aimer sans crainte.

« La police intervient cinq fois par semaine pour des violences domestiques »

violence domestique

MIGRANTS  « Oui, la violence domestique existe bel et bien chez nous aussi! », insiste Nicole Langenegger Roux, la responsable du Secrétairat à l’égalité et à la famille. Ainsi la police valaisanne intervient-elle cinq fois par semaine pour des cas de violences domestiques. En Suisse, on compte même un mort toutes les deux semaines en raison de ces violences.

Dans la grande majorité des situations, il s’agit de migrants établis sur territoire helvétique.

 » Il y a plusieurs facteurs expliquant ces violences, dont la gestion des conflits dans le couple, le rapport de force entre les conjoints, la précarité sociale, le soutien ou pas de la communauté, c’est un ensemble de facteurs que l’on retrouve dans la population de migrants, une population donc davantage à risque.

Mais ce n’est pas parce que ces personnes ont une culture plus violente que la nôtre! » ,

ajoute Nicole Langenegger Roux. Qui note ainsi qu’il ne faut pas tomber dans la stigmatisation. « Car il ne faut pas oublier que nous avons tous de la violence en nous. » Pour Jean-Claude Métraux, psychiatre, chargé de cours à l’Université de Lausanne, « la violence est l’enfant de l’impuissance ». « Quand les gens se sentent impuissants, ils ont recours à la violence. Pour soigner cela, il faudrait leur redonner confiance en eux », précise Nicole Langenegger Roux. D’où la nécessité non seulement de s’occuper des victimes, mais aussi créer des groupes de parole pour les auteurs de violence. Des groupes qui n’existent pas pour l’instant en Valais. « Nous avons d’ailleurs reçu récemment un appel d’un jeune nous demandant où il pouvait se faire aider car il était violent » , raconte la responsable du Secrétariat à l’égalité.

L’information est vitale

Pour diminuer les violences conjugales, les solutions sont diverses et complexes. « Nous pouvons par exemple continuer à informer les gens, et surtout les jeunes, à leur apprendre à avoir des relations égalitaires avec l’autre sexe. » L’information auprès des professionnels est également vitale.  » Un médecin généraliste doit par exemple savoir comment réagir quand un de ses patientes est victime de violences. »

CHRISTINE SAVIOZ

www.lenouvelliste.ch

 

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4 réflexions sur “Violence domestique en Suisse: il s’agit de migrants dans la grande majorité des cas

  1. Pingback: Violence domestique en Suisse: il s’agit de migrants dans la grande majorité des cas |Réduit National

  2. « … à leur apprendre à avoir des relations égalitaires avec l’autre sexe ».

    Il faudrait déjà arrêter de se mettre à plat ventre avec les très distingués membres de la secte a momo; on ne leur apprendra rien du tout. On ne fait pas boire des aliborons a qui n’ont pas soif.

  3. Pingback: Les violences domestiques sont en forte hausse à Genève | Suzy Desouche

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