Criminalité/Violence

Yverdon: « c’est le 65ème braquage en 15 ans »

REPORTAGE

Encore marquée par la mort de Dylan, en janvier, la cité vaudoise vit dans la crainte de nouveaux dérapages. Une bande semble être à l’origine de plusieurs braquages.

braquage Genève pistolet braqueur

C’était mercredi de la semaine dernière, peu après 19 h à Yverdon (VD). Faiblement équipés – juste un spray au poivre – deux individus, pulls à capuche sur le dos et visages masqués par des bandanas, faisaient irruption dans une petite épicerie de quartier, à la rue d’Orbe. «Immédiatement, l’un d’eux a fait le tour du comptoir, a saisi ma collègue au cou, puis a fracassé sa tête contre la caisse, raconte une vendeuse. C’était des jeunes, ils avaient dû voir des films où l’appareil s’ouvrait comme ça. Un client a eu le visage brûlé par le spray.» Ce brigandage, dont la violence a choqué nombre d’habitués, fait suite à une autre attaque, qui s’était déroulée en février dans un magasin du même propriétaire, dans le quartier des Moulins. Là aussi, les auteurs avaient utilisé des sprays au poivre.

65 braquages en 15 ans

Patron des deux échoppes, François Leuret ne cache pas son ras-le-bol. «Aux Moulins, mes caissières ont parfois l’impression de servir les jeunes qui les ont braquées la veille. Quant à moi, je perds du fric, dans cette affaire! C’est le 65e braquage en 15 ans!» Autre motif d’énervement, les difficultés d’organisation que ces attaques occasionnent: «Je dois remplacer la victime de la semaine dernière, une jeune mère de famille qui vient de donner son sac. S’attaquer à une personne comme ça est vraiment honteux.» Face au pourrissement de la situation, il songe à remettre ses commerces à un éventuel repreneur:

«Dommage, parce que je fais sûrement travailler des proches de ceux-là même qui nous braquent. Ce sont des piranhas. Sauf qu’ils se bouffent parmi!»

Comme lui et ses vendeuses, de nombreux habitants d’Yverdon estiment que ce sont des jeunes du coin qui font ces «coups», toujours pour des sommes dérisoires. Des jeunes qui gravitent autour de la bande qui zone devant le centre commercial de Bel-Air, et à laquelle appartenait le meurtrier du jeune Dylan, décédé en janvier des suites d’une agression gratuite (deux mineurs en détention provisoire). Des «bad boys» dont l’enquête de la police a aussi montré qu’ils «jouaient» à frapper des passants au hasard, dans la rue.

place Bel-Air Yverdon racailles

Des noms sont sur des listes

Créée à la suite du décès de Dylan, une page Facebook entend leur pourrir la vie. Depuis quelques jours, des listes des noms des «racaillons» présumés y circulent. Les contributeurs de la page sont encouragés à partager un maximum d’information sur ce «gang», y compris en partageant leurs photos. L’administrateur de la page, anonyme, ne craint-il pas de rajouter de l’huile sur le feu? «Le risque d’autojustice existe, mais notre but est que les autorités fassent leur travail pour éviter cela.» L’échange de photos et d’informations viserait à montrer aux «terreurs» d’Yverdon qu’ils sont observés par des citoyens vigilants, et à leur faire passer leur sentiment d’impunité.

 

Les intentions sont peut-être pures, mais la maréchaussée ne voit pas d’un très bon œil cette concurrence d’apprenti-enquêteurs: «Nous préférerions que les gens envoient leurs informations sur les braqueurs à nous plutôt qu’à une page Facebook. Personne n’a encore répondu à notre appel à témoins! Nous faisons tout notre possible pour les retrouver», tempête Philippe Jaton, porte-parole de la police vaudoise. Et de souligner les risques de dérives de dénonciations effectuées à la va-vite sur le Web: «Tant que les gens ne sont pas condamnés, je rappelle qu’ils sont présumés innocents.» L’analyse, encore en cours, du contenu de téléphones portables de la bande, confisqués dans le cadre de l’enquête sur la mort de Dylan, n’a jusqu’ici pas montré qu’après la baston, ils envisageaient de se mettre aux braquages.

Les jeunes suspectés nient tout

Approchés lundi par «Le Matin», les jeunes niaient toute implication dans les braquages, accusant d’hypothétiques Roumains qui, depuis quelques jours auraient fait des repérages dans les environs. D’autres imaginaient la patte des braqueurs venus de la banlieue lyonnaise, en dépit du manque flagrant de professionnalisme des voyous à l’œuvre à Yverdon: «Je connais tous les gars de Bel-Air, explique un garçon qui, du haut de ses 18 ans, se présente comme un «grand frère» au quartier des Moulins. Eux, quand ils tapent, c’est pour s’amuser, pas pour faire de l’argent.» Pourtant, sourire en coins, certains se vantaient volontiers de connaître les auteurs, qui seraient les mêmes d’un casse à un autre.

www.lematin.ch/faits-divers/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s