Insécurité/Politique/Sécurité

Pourquoi la Suisse n’est plus à l’abri d’un attentat

ANALYSE

Si jusqu’ici les risques d’attentat semblaient plutôt concerner les autres Etats, la Suisse devient à son tour une cible du djihadisme. Les raisons.

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Le 19 août dernier, le porte-parole du Service de renseignement de la Confédération, Felix Endrich, affirmait au «Matin» que le risque d’attentat en Suisse était «faible». «D’un point de vue général, affirmait-il, la Suisse n’est pas une cible potentielle du terrorisme», précisant tout de même que concernant les djihadistes il fallait rester prudent à leur entrée sur le territoire. A en croire l’enquête publiée hier par le «Tages-Anzeiger» – non confirmée par le Service de renseignement de la Confédération –, la réalité a sensiblement changé. Alors pourquoi frapper la Suisse intéresse maintenant les islamistes?

1 La Suisse un peu trop naïve

Si l’on en croit le chef de la Défense, Ueli Maurer, la situation n’est pas préoccupante. Répondant lundi à une question de la députée Ida Glanzmann (PDC/LU) pour une interdiction de l’Etat islamique en Suisse, il a dit et confirmé hier: «Dans le cas de cette organisation, les critères d’une perturbation grave imminente de la sécurité intérieure ou extérieure ne sont actuellement pas remplis.» Mais cette position irrite une bonne partie du Parlement, à commencer par le président du PDC, Christophe Darbellay: «Face à la menace, le Conseil fédéral est d’une mollesse incroyable.» Quarante conseillers nationaux de tout parti ont signé depuis une motion portée par Andrea Geissbühler (UDC/BE) pour lui demander d’interdire cette «organisation terroriste» afin de montrer une ligne claire: «Il est exclu que la Suisse puisse être utilisée comme un refuge pour les terroristes de l’Etat islamique. La police et le ministère public doivent avoir de toute urgence des lignes directrices claires.»

2 Plus si neutre que ça

Si la Suisse ne fait pas partie de la coalition antidjihadiste dirigée par les Etats-Unis, elle ne se montre pas neutre pour autant. Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse, souligne les pressions extrêmement importantes subies par Berne ces vingt dernières années. «La Suisse a affirmé plusieurs fois que l’on ne peut être neutre vis-à-vis du terrorisme. Elle applique ainsi des restrictions à l’égard de certains pays, de ressortissants ou encore de fonds d’investissement, en collaboration avec les services de renseignement, la police et des organes judiciaires étrangers», explique-t-il. Une évolution qui rend le pays vulnérable aux représailles.

3 La Suisse internationale: un objectif particulièrement attirant

On ne connaît pas la cible visée dans le projet d’attentat des trois ressortissants irakiens. Or ce n’est peut-être pas la Suisse en tant que telle qu’ils voulaient attaquer. «Peut-être qu’ils visaient des cibles en Suisse, mais en lien avec certains pays européens ou avec les Etats-Unis. Il s’agissait peut-être d’ambassades ou d’organisations internationales», fait remarquer Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève. La Suisse internationale, et notamment la Cité de Calvin, peut ainsi constituer un enjeu attractif pour le terrorisme. «Si demain, Genève devait accueillir une rencontre entre les chefs de la coalition dirigée par les Etats-Unis, avec la présence du président américain, Barack Obama, imaginez l’impact d’une attaque», réagit Jean-Paul Rouiller, directeur du centre genevois d’analyse du terrorisme. «Si l’ONU prend position contre les djihadistes en Syrie, elle pourrait aussi faire l’objet de représailles sur le sol suisse», ajoute-t-il.

4 Elle a ses propres djihadistes

Certains Suisses sont partis faire le djihad en Syrie. D’autres sont en Irak. Au total, vingt enquêtes ont été ouvertes par le Ministère public de la Confédération. S’ils ne meurent pas dans les combats, ces jeunes entraînés au maniement des armes reviendront en Suisse. Pour Jean-Paul Rouiller, «notre lot de djihadistes représente un danger non négligeable. D’autant plus qu’ils développent des connexions et que l’on est ensuite confronté à un effet boule de neige.»

5 Le «peuple antiminarets»

Le «oui» à l’initiative UDC contre la construction de minarets en 2009 avait fait du bruit dans le monde entier. Les médias étrangers avaient massivement fait part de leur consternation. Ce vote est-il resté en travers de la gorge des djihadistes? Est-il un motif pour eux pour s’en prendre à la Suisse? Les experts interrogés en doutent. Notamment parce que l’Etat islamique est né bien après cet événement.

6 Des groupuscules qui agissent par pur opportunisme

L’Etat islamique n’est pas une organisation structurée. N’importe qui peut se revendiquer de son idéologie. «Ces personnes sont formées sans contact avec les organisations mères pour éviter les canaux des services de renseignement», réagit Jean-Paul Rouiller. Dans cette logique, «le but est de commettre un attentat où ils peuvent, quand ils peuvent et de saisir une opportunité», précise Hasni Abidi. «Au sein de l’Etat islamique, il n’y a pas besoin d’un long processus, de grand repérage sur le terrain ou même d’une longue réflexion», poursuit le spécialiste. Il n’est donc pas nécessaire que la Suisse soit impliquée en Irak ou en Syrie. Il s’agit d’une guerre contre l’Occident au sens large. La Suisse peut tout à fait être frappée au même titre que n’importe quel autre pays. Alexandre Vautravers ajoute que, du point de vue d’une personne qui a été maltraitée, marginalisée, déracinée et qui garde une rancœur, il n’y a souvent que peu de distinction entre la France, très engagée dans le conflit, et la Suisse.

www.lematin.ch/suisse/

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