Opinion/Politique/Religion

Salve d’oppositions au centre sur l’islam à Fribourg

Un projet de formation sur l’islam en Suisse, destinée notamment à des imams, suscite une vague d’oppositions au sein de la droite. Le contexte international électrise les débats

Le chemin vers la création d’un Centre islam et société (CIS) est semé d’embûches. En mars, l’Université de Fribourg espérait encore ouvrir dès la rentrée d’automne des premiers modules de cette formation, destinée entre autres à donner aux imams une meilleure compréhension de la société suisse. Ce ne sera pas avant 2017.

Le projet a bien failli être tout simplement suspendu devant le Grand Conseil fribourgeois le 10 septembre dernier, à l’issue d’un débat électrisé par un contexte international tendu. «Alors que nous discutons de la place à donner à l’islam dans notre système de formation, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour les chrétiens massacrés au Moyen-Orient. C’est nos propres racines qui sont exterminées par les djihadistes», a lancé l’UDC Nicolas Kolly, fer de lance de l’opposition au CIS, en guise d’ouverture des débats. Au final, 52 parlementaires (contre 38 et 2 abstentions) ont voté en faveur d’un mandat exigeant du Conseil d’Etat de renoncer à cette formation. Il ne manquait que 4 voix pour atteindre la majorité qualifiée (56), nécessaire pour valider ce blocage. Mais le message est passé: la moitié des 110 députés fribourgeois doute du bien-fondé d’un tel centre au sein de l’université. Ses promoteurs ne sont pas au bout de leurs difficultés: l’UDC annonce d’ores et déjà une nouvelle offensive: «Si l’université persiste à vouloir réaliser ce projet, nous lancerons une initiative pour l’arrêter», affirme le président de l’UDC cantonale, Roland Mesot.

Le CIS se présente comme une formation complémentaire, rattachée à la Faculté de théologie, qui offrirait aux imams des connaissances en politique, droit et histoire suisses.

Objectif: contribuer à «l’intégration des communautés musulmanes» dans le pays.

Le cursus s’adresserait aussi à des personnes en contact avec des musulmans par leur profession et qui souhaiteraient élargir leur connaissance de l’islam: aumôniers, membres du personnel médical, policiers, enseignants…

Le chef de ce projet, l’Allemand Hansjörg Schmid, qui doit entrer en fonction en janvier 2015, espère que d’ici là la tension sera retombée. L’enjeu, dit-il, est aussi de donner la possibilité à des étudiants musulmans, en particulier ceux des deuxième et troisième génération, de mener une réflexion sur leur religion: «Ils font partie du paysage en Suisse depuis longtemps. Ils sont précieux pour résoudre les questions pratiques que pose la présence de l’islam dans nos sociétés. Et il est préférable que cette réflexion soit menée de manière visible, au sein des universités, plutôt que dans des arrière-chambres ou sur Internet seulement. La grande majorité des musulmans européens pratiquants l’affirment: ils sont attachés à la démocratie et aux droits de l’homme. A nous de ne pas bloquer cette voie.»

L’université n’a pas l’intention de créer une école coranique ni d’ouvrir une nouvelle faculté portant sur la théologie islamique: avec 4,9% de musulmans, la «masse critique» d’étudiants pour une telle formation ne serait pas atteinte, souligne le Conseil d’Etat. Ces explications n’ont pas suffi à calmer les détracteurs du CIS. Parmi les plus virulents, l’UDC, rejointe par une grande partie du PDC et du PLR, qui croient déceler dans ce projet des intentions cachées. «Il y a trop d’inconnues autour de ce centre. Quelles garanties a-t-on que Fribourg ne compte pas former des imams à l’avenir?» interroge Roland Mesot. L’homme émet des doutes sur le financement du projet, au moment où le canton doit s’astreindre à un régime d’austérité. L’université devrait investir 250 000 francs annuels entre 2017 et 2020, à quoi s’ajouterait, s’il est validé, le montant équivalent de la part de la Confédération, soit 500 000 francs par an au total. «Cela ne suffira pas. L’université n’exclut pas un apport extérieur. La formation pourrait être soutenue à l’avenir de façon plus ou moins discrète par des groupes fondamentalistes», suppose l’élu, décidé à «tout faire» pour s’y opposer.

Pas de quoi ébranler Jean-Pierre Siggen, conseiller d’Etat PDC chargé de l’Instruction publique et porteur du projet: «La loi garantit à l’université la liberté d’enseignement et de recherche. Une initiative n’est pas en mesure de l’arrêter.» Le climat de méfiance qui prévaut complique pourtant la tâche, admet de son côté le recteur de l’Université de Fribourg, Guido Vergauwen, qui répond ainsi aux critiques: «Un élargissement du financement n’est pas prévu et nous excluons explicitement un soutien par des pays étrangers. Nous allons prendre contact avec les parlementaires pour leur expliquer, une fois de plus, les enjeux de ce centre», annonce-t-il.

www.letemps.ch

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