Immigration/Religion/Société

Littérature « La trinité bantoue » : Max Lobe chez les Helvètes

En suivant les tribulations d’un sympathique antihéros, le jeune auteur camerounais Max Lobe ausculte avec empathie la société suisse… et son propre pays d’origine.

Mwána Matatizo vient du Bantouland. Il s’est installé en Suisse, mais, bien entendu, c’est la galère. La grosse galère : il lui arrive plus souvent qu’à son tour de ne pas avoir de quoi manger… Ainsi commence La Trinité bantoue, le nouveau roman de Max Lobe, jeune auteur d’origine camerounaise installé en Suisse.

Cette entame somme toute assez classique pourrait déboucher sur une énième histoire d’émigré africain découvrant que le paradis fiscal helvète n’est en réalité un paradis que pour les autocrates ayant les moyens d’y obtenir une carte de crédit. Mais Max Lobe a plus d’un tour dans sa besace d’écrivain : ni les poncifs larmoyants sur la condition des immigrés, ni les idées reçues sur la société suisse ne viennent encombrer un récit où le bonheur de vivre l’emporte sur l’adversité.

Né en 1986 à Douala, bachelier à l’âge de 16 ans, Max Lobe a quitté son Bantouland dès ses 18 ans – il n’aimait pas les études d’économie – pour rejoindre sa soeur, à Lugano. La littérature, il y est arrivé par l’entremise de la romancière Calixthe Beyala. « J’ai lu trois ou quatre fois Les Honneurs perdus, se souvient-il. Sans doute ne comprenais-je pas tout, mais elle parlait du Douala que je connaissais. Je suis tombé amoureux de la lecture, puis j’ai voulu écrire comme elle, avoir la couleur de son écriture. » Les couleurs, chez lui, s’appelleront dérision, humour, distance.

Saupoudrer l’existance d’optimisme

« Bien sûr, dans ce livre comme dans le précédent, je me sers des événements vécus et je grossis un peu le trait, confie-t-il. Je suis aussi passé par la galère du chômage – la Suisse n’est pas forcément l’îlot de plein-emploi que l’on vante –, mais pas de manière aussi extrême que le personnage de Mwána. » Quand il dit « grossir le trait », cela ne signifie pas se laisser aller au pathos ou au mélodramatique, mais plutôt saupoudrer l’existence d’optimisme.

« Nous sommes déjà dans une société où les positions se cristallisent toujours davantage, et, moi, je ne veux pas jouer à ce jeu-là, je préfère prendre du recul, éviter de braquer les gens. » C’est donc avec une douceur ironique que l’auteur de 39 rue de Berne s’attaque aux sujets les plus difficiles : le racisme, la religion, la maladie, l’homosexualité…

Ainsi Mwána, qui vit avec un jeune Suisse prénommé Ruedi, travaille-t-il pour une association de lutte contre les discriminations dirigée par une vieille pasionaria des causes perdues… et affronte en fils aimant et pas toujours compris pour ses « états dames » le cancer qui ronge Monga Míngá, sa mère.

Le talent de Max Lobe réside surtout dans sa capacité à rassembler autour de Mwána une ribambelle de personnages secondaires à la limite de la caricature mais toujours crédibles. Prudent, il se tient à distance du militantisme. « Je n’ai rien contre, mais je n’écris pas dans cette idée, affirme-t-il. Je ne veux pas oublier ceux qui souffrent au Cameroun, dont je suis originaire, je trouve malheureux que des gens soient toujours emprisonnés pour homosexualité, mais ce n’est pas pour cela que j’écris. Je veux croire que les mentalités vont changer. Ici aussi les choses évoluent lentement. »

Son Bantouland, il ne l’a pas vu depuis quatre ans, mais il se tient informé de la politique de Papa par tous les canaux possibles. Peut-être s’y rendra-t-il bientôt. Son prochain roman devrait porter sur le Cameroun des années 1950-1960 : une histoire de violences que Max Lobe a découverte… en Europe. « Il faut que je retourne au pays, ne serait-ce que pour les couleurs. Écrire, c’est comme peindre. Je dois aller sur les lieux pour imaginer comment cela a pu être autrefois… » Et pour pouvoir utiliser au mieux toutes les nuances de sa palette…

www.jeuneafrique.com

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