Immigration/Politique/Société

Les Roms au cœur de la ville, et d’un film

Documentaire«L’oasis des mendiants» plonge dans la mendicité rom lausannoise et ses conséquences politiques. Rencontre.

Que l’on soit très remonté contre les Roms ou tolérant envers leur présence immanquable dans les rues, le film L’oasis des mendiants ne manquera pas de susciter son lot d’interrogations. Le documentaire de Janine Waeber et Carole Pirker, présenté en avant-première ce soir à la Cinémathèque, propose non seulement une immersion à Lausanne dans la vie de ceux que l’on réduit à un carton sur le bitume et à un bras tendu, mais aussi une mise en perspective politique de cette réalité controversée.

«Le tournage a duré près de trois ans, détaille Carole Pirker. Il a commencé dès la récolte des signatures de l’initiative municipale contre la mendicité du PLR, s’est poursuivi jusqu’à la mise en application du contre-projet, et témoigne de ses répercussions sur les mendiants roms.» Le sujet est brûlant et le terrain miné, comme l’ont démontré des débats houleux – qui ne sont d’ailleurs pas clos, puisque l’initiative, cantonale cette fois-ci, de l’UDC attend encore de passer devant le peuple. «Le démarrage de notre projet est parti d’un constat, poursuit la réalisatrice. Comment 40 à 100 mendiants, sur une population lausannoise de 140 000 personnes, ont pu générer une telle polémique? Pourquoi une telle disproportion?»

Au cœur des débats qui ont agité le monde politique, mais aussi l’opinion publique, les supposés réseaux mafieux qui contrôleraient les Roms n’ont cessé d’être évoqués. «Une enquête policière lausannoise et une autre, universitaire, ont pourtant soutenu l’inexistence de ces réseaux mafieux à Lausanne, argumente Janine Waeber. Notre expérience arrive à la même conclusion. Nous avons plutôt été confrontées à des situations de survie, de gens qui ne sont munis que de visas valables trois mois.» Carole Pirker surenchérit: «Il y a eu instrumentalisation politique.»

Malaise humaniste
En matière de Roms, la raison peine à s’imposer. «Les préjugés, les légendes urbaines, sont les acteurs invisibles du film, commente Carole Pirker. Autour des Roms, ils sont séculaires, toujours suspectés d’être des mafieux ou de faux pauvres.» Documentant par exemple la destruction par la Municipalité d’un abri de fortune servant à une famille,L’oasis des mendiants parvient à témoigner de la rencontre de deux mondes: celui, officiel, des fonctionnaires, et l’autre, de la tribu non autorisée de Roms. Le film fait ainsi affleurer la problématique de la conscience morale et donc du malaise humaniste face à la raison d’Etat.

A cet égard, les séquences les plus parlantes sont celles qui suivent le sergent Gilbert Glassey, médiateur de la police capable d’échanger dans leur langue. «Il a le cul entre deux chaises, compatit Janine Waeber. Il les comprend, mais il a aussi des ordres.» La réglementation découlant du contre-projet conduit à des situations absurdes (déplacement de quelques mètres pour se mettre en conformité), mais aussi à des conséquences plus dures. «Des amendes pour camping illégal et mendicité non conforme qui, en cas de non-paiement et de cumul, mènent à la prison.» Pour Carole Pirker, il s’agit d’«exercer la répression avec le maximum d’humanité possible». Le contre-projet parlait de «restreindre la mendicité sans criminaliser la pauvreté»…

L’oasis des mendiants ne résout rien, mais son incursion permet de saisir avec précision une réalité trop souvent caricaturée. «Les Roms subissent une confiscation de leur parole, relève Carole Pirker, et 80% des articles sur territoire suisse se focalisent sur les aspects négatifs.» Les Roms ont été les premiers à découvrir le film, vendredi dernier. «Ils ont été frappés par la dureté des discours politiques, ils ne les imaginaient pas aussi tranchés.»

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s