Asile/Immigration/Politique

L’abri souterrain, ultime recours des cantons, est parti pour durer

Asile – L’afflux de candidats réfugiés annoncé cette année inquiète les responsables cantonaux.

Accélérer les procédures d’asile et décharger les cantons en créant des centres fédéraux dans tout le pays: la réforme voulue par Simonetta Sommaruga n’ira pas sans mal. On l’a vu cette semaine avec la levée de boucliers suscitée à Chevrilles (FR) par le premier projet d’implantation.

SCHWEIZ DEMONSTRATION BUNKER ASYL

Cette unité de 300 places s’inscrit dans le concept régional romand, qui doit fournir 1280 des 5000 places prévues au niveau national. Ses contours seront dévoilés au cours des prochains mois, pour une application effective dès 2017.

D’ici là, les autorités cantonales continueront à parer au plus pressé pour accueillir la part de requérants d’asile qui leur est attribuée – proportionnellement à la population résidente – par la Confédération. Et rien n’indique que la hausse constatée l’an dernier (23 765 demandes, soit 11% de plus qu’en 2013) faiblisse cette année.

«Au contraire, au vu de la situation politique internationale, Berne nous annonce une progression fulgurante au deuxième semestre, indique Roger Fontannaz, chef de l’Office de l’asile en Valais. Nous devons donc adapter nos structures d’hébergement.»

Faudra-t-il loger à la hâte les demandeurs d’asile dans des abris de la Protection civile? Cette option fait polémique à Genève, où un collectif nommé Stop Bunkers a réussi à faire entendre sa voix sur la scène politique. Une motion de la gauche et du PDC demande au Conseil d’Etat de renoncer à cette solution pour tout hébergement de plus de trois mois. Le canton compte aujourd’hui deux abris PCi dévolus à l’asile (186 places) sur un total de 2408 places en structures collectives.

«Du provisoire qui dure»

L’Hospice général, en charge de l’asile à Genève, reconnaît le problème. L’utilisation d’abris souterrains s’avère «humainement insatisfaisante, très coûteuse et ne favorise pas l’intégration des migrants», résume Bernard Manguin, porte-parole. L’institution affirme ne s’y résoudre qu’en dernier recours. Les deux abris actuels sont d’ailleurs occupés à moins de 70%, tandis que ce taux bondit à plus de 105% dans la douzaine de foyers d’accueil du canton.

Reste qu’il paraît illusoire de les fermer à court terme. «Faute de terrains disponibles, notre marge de manœuvre pour construire de nouveaux centres, même provisoires, est limitée», regrette Bernard Manguin.

Vaud, de son côté, tente de réagir en bâtissant deux foyers d’accueil. Un permis de construire a déjà été obtenu à Ecublens et un concours d’architecture a esquissé le futur centre prévu à Lausanne. De quoi soulager quelque peu l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), qui loge près de 400 demandeurs d’asile dans neuf abris PCi. Un record en Suisse romande . «Certains sont ouverts depuis plus de deux ans. Ce provisoire commence à durer, admet Catherine Martin, responsable de l’hébergement à l’EVAM. Nous sommes en recherche constante de solutions adéquates.»

Fribourg, comme Neuchâtel, se contente d’un seul abri souterrain. Un second avait dû être affecté à l’asile dans l’urgence au début 2012 à Wünnewil (FR), mais le Service cantonal de l’action sociale l’a fermé dès que la situation s’est détendue. «Nous espérons ouvrir bientôt un nouveau foyer pour faire face à l’afflux annoncé, relève sa porte-parole, Claudia Lauper. Une possibilité existe dans un bâtiment propriété de l’Evêché, à Grolley.»

Le Jura et le Valais, enfin, se refusent à héberger leurs requérants d’asile en sous-sol. «Comme ils sont situés sous les écoles, ce n’est pas envisageable, explique Roger Fontannaz. Et puis, il faut des conditions agréables pour nos bénéficiaires, qui sont souvent des familles avec des enfants.»

Les autorités valaisannes cherchent donc à ouvrir de nouveaux foyers à l’air libre. Mises sous pression par une initiative de l’UDC intitulée «Halte au diktat du Canton», elles tentent de nouer le dialogue avec les communes plusieurs mois à l’avance. Dernier exemple en date: la transformation d’une ancienne colonie au-dessus de Chamoson, de manière à accueillir jusqu’à 90 personnes dès le mois de juin. Cette annonce, faite mercredi dernier, a fait grincer des dents dans le village.

«C’est toujours ainsi au début. Mais ensuite, cela se passe très bien avec les voisins», témoigne Francis Charmillot, directeur de l’Association jurassienne d’accueil des migrants, qui gère cinq structures d’accueil dans le petit canton. Lui aussi se réjouit d’avoir pu éviter de recourir aux abris PCi: «Vivre là-dedans péjore la santé psychique des occupants.» Mais il admet que le Jura a la partie plus facile que les cantons de l’arc lémanique, le marché immobilier étant tout différent: «Ici, nous pouvons aisément louer des appartements bon marché pour loger nos demandeurs d’asile.»

www.tdg.ch

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