Criminalité/culture/Sécurité

Publication de photos de suspects: Les « méthodes chocs » des polices alémaniques

Criminalité – Outre-Sarine, les forces de l’ordre publient régulièrement des photos de suspects sur Internet. Pour elles, c’est banal.

Les deux individus ont tiré des coups de feu avant d'emporter plusieurs dizaines de milliers de francs.

«Les polices de la ville et du canton de Zurich sont à la recherche d’un voleur en série armé. Une récompense allant jusqu’à 5000 francs est promise aux témoins qui contribueront à sa capture.» L’appel, publié sur les sites Internet des deux polices, leur page Facebook et les médias zurichois, est accompagné d’une photo tirée d’une caméra de surveillance. Le cliché pris de face permet de distinguer très nettement les traits de l’individu, soupçonné d’avoir commis plusieurs braquages dans des stations-service de la région.

Ces dernières semaines, les polices alémaniques ont multiplié les diffusions d’avis de recherche accompagnés de photos de suspects. En février, l’Aargauer Zeitung publiait celles de deux jeunes suspectés d’avoir violenté et volé une femme dans un parc de Baden. Il y a une dizaine de jours encore, la police de Zurich a diffusé les profils de deux personnes suspectées de meurtre. On trouve actuellement sur le site Internet de la police de Saint-Gall les images d’un braqueur, d’un évadé de prison et de hooligans.

Autorisations spéciales
Le fait que les polices alémaniques usent de ces mesures pour des vols ou des bagarres étonne d’autant plus que les polices romandes n’en font guère usage (lire ci-contre). En Suisse alémanique, la pratique est si banale que les réponses des services de presse des polices transpirent l’ennui.

Les porte-parole expliquent ainsi que ce sont les procureurs qui donnent l’autorisation aux enquêteurs de publier ou non ces clichés. La Conférence des autorités de poursuite pénale de Suisse (CAPS) a défini en 2011 le cadre: il s’agit avant tout de respecter la proportionnalité – un voleur de pain ne verra pas sa photo affichée sur la place publique – et de respecter l’intérêt commun.

Concrètement, l’évaluation se fait au cas par cas, au gré des méthodes de police. «La personne qui apparaît sur les photos doit faire l’objet d’une très forte suspicion. L’image doit d’ailleurs avoir une certaine qualité pour rendre l’identification la plus sûre possible», explique-t-on à Saint-Gall. «L’infraction doit être grave, renchérit-on du côté de l’Argovie. Cela signifie également que les autres mesures pour retrouver le suspect n’ont pas fonctionné.» Coutumière des problèmes de hooliganisme, Bâle-Ville explique que la mesure a porté ses fruits lors d’émeutes. «Dans ce type de cas, la recherche publique est considérée comme acceptable en raison d’un risque de mise en danger d’un grand nombre de personnes», explique Peter Gill, commissaire de la brigade criminelle de Bâle-Ville.

La police cantonale de Bâle-Campagne a récemment fait parler d’elle pour avoir publié les photos floutées de deux individus filmés en train de passer violemment à tabac un jeune homme dans un train régional. «La vidéo de l’agression montre que, sans l’intervention d’une tierce personne, l’issue aurait pu être bien plus dramatique», raconte le porte-parole du Ministère public de Bâle-Campagne, Michael Lutz. Face à la gravité du délit, le Ministère public a autorisé la police à enclencher la procédure en trois étapes élaborée par le code de procédure de la CAPS. Chaque étape dure une semaine. «Premièrement, nous faisons savoir que nous possédons des photos, explique Michael Lutz. Ensuite, nous les publions en floutant les visages – ce que nous avons fait dans le cas de l’agression dans le train. Enfin, si les personnes ne se sont toujours pas rendues, la police diffuse les photos telles quelles.»

Droits respectés
Ne flirte-t-on pas avec les limites de la protection de la personnalité et de la présomption d’innocence? «Le droit à la personnalité fait partie des critères qui sont mis dans la balance lors de l’évaluation de la proportionnalité», répond Christof Scheurer, procureur général du canton de Berne et membre de la CAPS. Quant à la présomption d’innocence, Christof Scheurer précise que les avis sont toujours rédigés avec une extrême prudence, usant de termes comme «soupçon raisonnable» pour décrire le délit de la personne recherchée. «Malheureusement, certains médias respectent peu, voire pas du tout, ce critère-là lors de la diffusion de la nouvelle», reconnaît Michael Lutz.

Christof Scheurer assure que ces avis de recherche n’ont pas augmenté depuis la mise en vigueur du nouveau code de procédure. «Une utilisation massive de cette mesure atténuerait à terme sa validité.» A force de voir des photos défiler, la population risque de ne plus y prêter attention.

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Un véritable Röstigraben dasn le domaine

Les polices romandes ne recourent pratiquement jamais à cette pratique. Dans le canton de Vaud, la mesure est très peu utilisée, dans une fourchette de un à deux cas par an.

A Genève, c’est encore plus rare. «C’est bien simple, nous ne publions jamais ces photos, confirme le porte-parole de la police genevoise, Jean-Philippe Brandt. Nous ne le faisons que pour les fugues et les disparitions inquiétantes.»

Avec peine, Jean-Philippe Brandt se souvient d’une exception, lors de l’Euro 2008 organisé en Suisse. Les clichés de hooligans avaient été diffusés. «Mais c’était vraiment un cas particulier. Sinon, il y a eu l’affaire Adeline, mais il s’agissait d’un cas très urgent, impliquant un danger de mort.»

Difficile de connaître la raison de cette différence de pratique. «Nous utilisons d’autres méthodes, avec des indicateurs par exemple, répond, après un instant de réflexion, Jean-Philippe Brandt. Je crois que nous n’en avons tout simplement pas besoin.»

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