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Le pari suisse de l’intégration des Roms

Pour mieux aider les Roms en Roumanie, la Suisse y soutient des projets d’initiatives civiles, de scolarisation, de santé et de rénovation de maisons.

Expert de Savatan en police de proximité, le maréchal de gendarmerie Serge Châtelain pose fin 2012 à Bucarest avec la femme d’un chef de communauté rom.

Expert de Savatan en police de proximité, le maréchal de gendarmerie Serge Châtelain pose fin 2012 à Bucarest avec la femme d’un chef de communauté rom.

 

Gradinari, à 200 km à l’ouest de Bucarest, et Vizuresti, à environ 40 km au nord de la capitale: deux villages à forte communauté rom, minorité ethnique reconnue dans le pays, mais encore très souvent marginalisée et discriminée.

Gradinari signifie «jardiniers» en roumain. Dans ce village de quelque 3000 habitants, dont 40% de Roms, le légume est roi, avec environ 400 hectares de terres cultivables. Sauf qu’il est difficile d’écouler et vendre toute la production. Quant aux Roms, ils ont peu de terrains à eux. La pauvreté mine ce village.

«Il n’y a pas assez d’emplois pour tout le monde. L’autre problème, ce sont les conditions de vie dans les maisons, avec parfois jusqu’à 15 personnes dedans», explique le maire de Gradinari, Mihai Ioana. Elu en 2012 avec également des voix non roms, il est un des rares maires roms de Roumanie et se bat à fond pour sa communauté.

Développement communautaire

Autant dire qu’il voit d’un bon oeil l’aide helvétique dans le cadre de la contribution aux pays de l’Est. Via Terre des hommes (Tdh) et six autres associations civiles, Berne soutient le projet de développement communautaire zefiR dans 12 villages roumains, dont Gradinari, pour un total de trois millions de francs sur cinq ans.

«Il s’agit d’abord d’identifier les problèmes des Roms puis de les résoudre avec des petites actions très concrètes», explique Ionut Raita, responsable du programme pour Tdh. Les trois grands objectifs sont l’amélioration de l’accès à l’éducation, à la santé et au logement.

Timide mixité scolaire

En face de la mairie, sur la route nationale 64, passe un homme sur son cheval tirant une charrette, à l«intérieur une femme fait la sieste. A peine plus loin, c’est l’école de Gradinari, modeste mais bien entretenue, avec ses quelque 210 élèves, dont une très grande majorité d’enfants roms.

Ici, le projet zefiR met l’accent sur le soutien scolaire après les cours obligatoires: repas de midi offerts, devoirs surveillés, sociabilisation, activités ludiques et socio­éducatives en groupe. Dans ces classes d’appui, 54 des 60 élèves participants sont Roms.

La solidarité interculturelle semble dès lors bien timide. Surtout lorsque l’on apprend par des enseignants, qu’à choisir, des parents roumains ayant les moyens mettent plutôt leurs enfants dans de meilleures écoles dans les environs. La mixité semble ne pas plaire à tout le monde.

Il n’empêche, Melania, enfant rom d’une dizaine d’années, estime néanmoins qu’elle «communique et joue plus» avec des camarades roumains dans le village. Et à l’école même, le taux d’absentéisme aurait baissé, selon ses responsables.

Groupe d’initiatives civiles

Dans le village de Vizuresti, à peine 1200 habitants dont 80% de Roms, la pauvreté est encore plus frappante. Maisons simples et vétustes, toits amochés, absence d’électricité et d’eau courante pour certains, jardins terreux, poules, coqs, dindons et chiens errants qui cohabitent.

Ici, la communauté rom n’a pas une très bonne opinion des autorités locales, même si la relation s’améliore un peu. Mais plutôt que de se plaindre, elle prend son destin en main.

C’est tout le projet «At Home in Your Community» de trois ONG locales, soutenu par la Confédération à hauteur de 165’000 francs sur deux ans environ, dans dix petits villages roms ou mixtes du Sud du pays: renforcer la société civile par dix groupes d’initiatives, jeunes ou moins jeunes, afin d’améliorer les conditions de vie des Roms. Le groupe se réunit chaque mois en conseil local.

A Vizuresti, la figure emblématique du coin se nomme Magda, mère rom de huit enfants, yeux noirs et sourire chaleureux. C’est elle qui dirige le groupe d’initiatives civiles de son village, qui collecte les besoins et les demandes des habitants, tente de trouver une solution pour chaque problème.

Pression sur les autorités

Et les projets ne manquent pas: rénovation de l’école, rétablissement d’un petit centre de soins médicaux, rénovation de maisons en triste état, aides aux familles en difficulté, cours scolaires d’appui, inauguration d’une petite maison de la culture rom, clubs de rencontres, récolte de dons, création d’une place de jeux ou encore d’une piste cyclable touristique.

Magda et son fils Roberto, 22 ans, également très actif dans son village avec d’autres jeunes, affirment se sentir entendus, respectés et intégrés. Selon le jeune homme, la discrimination a presque disparu à l’école.

«Il y a une bonne cohabitation dans notre village, mais ce n’est de loin pas toujours le cas ailleurs où les problèmes subsistent», reconnaît-il.


www.20min.ch/ro/

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