Opinion/Religion/Société

Vaudois de coeur et adepte de Mahomet

PORTRAIT Pascal Gemperli, médiateur et président de l’Union vaudoise des associations musulmanes.

Cet heureux père de deux filles est parfaitement Suisse et tout à fait musulman. Saint-gallois d’origine, aujourd’hui à Morges, il s’est converti à l’islam à 27 ans. La question religieuse a toujours intéressé Pascal Gemperli: «Je crois n’avoir jamais dit: «Je ne crois pas en Dieu.» Un des frères de son père était prêtre et il a été enfant de chœur. Mais le catholicisme, qui était tout naturel dans la famille, n’a pas résisté à sa façon de concevoir le divin.

Avec le temps, le mystère de la Trinité et le péché originel lui ont paru bizarres. Et le hasard de la vie lui a fait rencontrer des musulmans. Il se souvient d’un collègue de travail lorsque, étudiant, il gagnait des sous chez Siemens, en Thurgovie. Il accompagne un jour un Egyptien à la mosquée de Wil (SG). Et puis il voyage quelques semaines au Moyen-Orient, entre la Turquie et les bords du Nil. L’attirance s’accroît.

Il prend des cours d’arabe, s’intéresse aux textes de la religion de Mahomet. Alors qu’il se forme à la communication à Lausanne, il rencontre Khaoula, une étudiante venue de Marrakech. Un concours de circonstances lui fait accomplir son service civil à Casablanca. Il se marie au Maroc. Une des conditions de sa future épouse passait par la conversion. Facteur déterminant? Pascal Gemperli était déjà mûr. A la curiosité avait succédé l’intérêt.

«J’apprécie un lien plus direct avec Dieu et une organisation décentralisée de la communauté. Sur ces points, il existe une certaine similitude avec le protestantisme. Le respect très prononcé de l’islam envers les parents me plaît, tout comme le fait que le Prophète reste un humain, comme les autres. Les questions liées à l’usure me satisfont, l’importance de l’engagement et de la justice sociale également. Je suis en faveur d’un système économique libéral, mais avec des restrictions et l’obligation d’aider les démunis. Tout cela me semble procéder d’un très bon équilibre.»

Pascal Gemperli en impose avec ses 180 centimètres et ses 90 kilos. Ce brun porte les cheveux en arrière et, souvent, une barbe, par esthétisme, à l’image de ce père qu’il a peu connu. Car le divorce de ses parents a traversé son enfance. Lorsqu’il réfléchit profondément, il appose les doigts de sa main droite sur ses yeux. En parlant, il lui arrive de soutenir sa tête de cette même main.

Calme, il manifeste un appétit certain pour la discussion. Tête dure, à l’image de sa mère soleuroise, il avoue que, pour changer d’avis, il a besoin d’explications convaincantes: «Je suis tel un rocher dans la mer, difficile à perturber.» Il marche aux objectifs: «Il faut vouloir, bosser, concéder des sacrifices, mais on peut quasi tout faire.»

Lorsqu’un de ses collègues du Conseil communal de Morges le qualifie de discret et tenace, il se reconnaît. Oui, celui qui préside l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) est Vert. Sensible au développement durable et dans ce parti, car le seul à proposer une réelle politique pacifiste. Pascal Gemperli possède un master en sciences de la paix et des conflits. Il travaille dans le domaine de la coopération, a effectué des mandats au Moyen-Orient pour les Nations Unies.

Il est aussi cofondateur, à Berne, d’une association qui se préoccupe de médiation et de consolidation de la paix. Des projets existent au Maroc et dans les Balkans. A Morges, il a créé un bureau de médiation. Mais la plupart de ses revenus, il les obtient en coachant les expatriés de grandes multinationales en Suisse.

Depuis quinze ans en terre lémanique, il s’estime profondément Vaudois. Mais est-ce suffisant pour que les autochtones le considèrent comme un des leurs? Son engagement musulman lui occasionne des lettres d’insultes. Il va d’ailleurs déposer une plainte pénale car une missive récente va bien au-delà de «sale barbu»! Ce sunnite s’est engagé pour l’ouverture d’un carré musulman au cimetière lausannois du Bois-de-Vaux.

L’UVAM réfléchit à demander l’obtention du statut officiel dans le canton. La crainte du référendum plane. Et les musulmans redoutent que, au nom de l’égalité, on ne leur impose des imams femmes. Bénir une union homosexuelle ne va pas non plus de soi. Sur la question du foulard, Pascal Gemperli s’en remet au choix de la femme. A elle d’en décider librement. Son épouse ne le porte pas. Il se dit partisan d’une troisième voie entre l’extrémisme d’un Nicolas Blancho, chantre du Conseil central islamique suisse, et les visions, à ses yeux tout aussi dogmatiques, de la Zurichoise Saïda Keller-Messahli pour un islam progressiste. Les deux, à ses yeux, souhaitent imposer leurs visions de la religion sans respecter le libre choix des fidèles.

Joueur de basket, amateur occasionnel d’opéra, lecteur assidu de la NZZ am Sonntag, cet individualiste déclaré rassure: «Je ne souhaite pas islamiser la société.»

www.24heures.ch/portraits/

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