Asile/Immigration/Sécurité

«Les requérants d’asile qui peuvent rentrer chez eux ne doivent plus revenir»

Adrian Amstutz, vice-président de l’UDC, fustige le fait que des requérants puissent voyager à l’étranger. Pour lui, aucune exception ne doit être tolérée. Les Erythréens sont les premiers visés

SCHWEIZ DEMONSTRATION BUNKER ASYL

Le débat autour des réfugiés et requérants d’asile qui obtiennent le droit de voyager hors de Suisse s’enflamme. L’UDC hausse le ton, les cantons aussi. Ils craignent un appel d’air et prônent une politique plus rigoureuse, comme vient de le souligner le Tages-Anzeiger. Adrian Amstutz, vice-président de l’UDC et chef du groupe parlementaire, veut aller encore plus loin. Il demande carrément d’interdire tout séjour à l’étranger pour les requérants en procédure et les personnes au bénéfice d’une admission provisoire. Sans exception. Les réfugiés reconnus ne doivent, eux, plus jamais pouvoir rentrer dans leur pays, qu’ils affirment avoir quitté pour fuir des persécutions. L’UDC déposera des interventions en ce sens lors de la session d’automne. Il s’en explique au Temps.

Le Temps: Le Secrétariat d’Etat aux migrations évoque 50 000 autorisations de voyage délivrées entre 2011 et 2015. 40 500 pour des réfugiés reconnus, en possession de permis B ou C, et environ 9500 pour des personnes admises à titre provisoire. Seuls une trentaine de requérants par année, qui sont donc en procédure, obtiendraient ce genre d’autorisation. Vous voulez leur interdire à tous de sortir de Suisse, même si le motif est le décès d’un proche? Quel est votre but?

Adrian Amstutz: Personne ne peut croire qu’un régime de non-droit permette soudainement, à l’occasion d’un enterrement, à une personne qui se dit menacée dans sa vie et son intégrité physique, d’entrer et sortir du pays. Que même des vacances puissent être organisées dans le pays d’origine de réfugiés qui affirment être menacés de tortures ou de mort démontre bien à quel point l’affaire est absurde. Cela prouve clairement qu’il y a des abus dans notre système d’asile. Pour nous, ceux qui décident de partir doivent quitter définitivement la Suisse. Ils doivent renoncer à l’asile et à toute protection de la part de notre pays. Celui qui ne respecte pas cette interdiction doit perdre son statut de réfugié ou son admission provisoire s’il est au bénéfice d’un tel statut. Beaucoup de contribuables suisses, dont des familles avec enfants, n’ont pas les moyens de partir en vacances, mais leur argent sert à financer celles de requérants et admis provisoires. Trouvez-vous cela normal?

– Vous visez surtout les Erythréens qui passent des vacances au pays, avec la complicité du consulat basé à Genève. Un réfugié qui se dit persécuté ne devrait en effet pas pouvoir rentrer dans l’Etat qui le persécute… Mais vous savez très bien que ces personnes se voient déjà révoquer le statut de réfugié si les autorités apprennent l’existence d’un tel voyage. Les autorités suisses agissent déjà! Il y a près de 20 dénonciations par an. N’êtes-vous pas en train de faire de la gesticulation électorale?

– Personne ne sait précisément combien de séjours de ce type se font à partir d’autres destinations. Soyons clairs: des migrants peuvent obtenir des autorisations de la part des autorités suisses pour aller dans un pays tiers, et ensuite, à partir de ce pays, rejoindre leur pays d’origine. Je pense que le nombre de ces voyages abusifs est bien plus élevé que ce qui circule. Nous sommes donc contre tout voyage à l’étranger pour les requérants d’asile, car dans les faits ils sont à la charge du contribuable suisse. Cela ne va pas.

– Il existe aussi des réfugiés érythréens en Suisse qui sont en faveur du régime mis en place par Issayas Afewerki. Certains sont d’ailleurs arrivés bien avant l’indépendance du pays. Pour eux, il n’y a donc pas d’incohérence à ce qu’ils puissent faire des séjours au pays. Connaissez-vous vraiment bien l’histoire de l’Erythrée?

– Je vous parle d’un principe. Celui qui vient en Suisse comme requérant et qui revendique sécurité et soutien financier ne peut pas s’attendre à ce que des Suisses qui paient des impôts financent son voyage… Et encore moins vers le pays qu’il a fui!

– Vous semblez vous acharner sur les Erythréens, qui arrivent toujours en tête des requérants d’asile. Votre but n’est-il pas en fait de les faire passer pour des «migrants économiques» et de les renvoyer dans leur pays?

– Nous ne visons pas que les Erythréens, mais tous les requérants, tous ceux qui sont au bénéfice d’une admission provisoire et tous ceux qui ont obtenu un statut de réfugié. Celui qui peut rentrer dans son pays doit tout simplement partir.

– La «Weltwoche» s’insurge même du fait que la plupart des Erythréens aient des téléphones portables, alors qu’une grande majorité est à l’aide sociale. Vous voulez interdire tout voyage et les priver aussi de moyens de communication?

– Il est quand même étonnant de constater d’où ils obtiennent l’argent pour ces natels et les conversations téléphoniques. Les chiffres montrent depuis des années que des milliers de nouveaux requérants érythréens sont motivés d’entrer en Suisse grâce à cela.

– Je vous repose la question: votre but est-il de démontrer que les Erythréens, qui fuient une dictature, sont des «migrants économiques»? Voulez-vous les renvoyer parce qu’ils coûtent cher à la Suisse en étant à l’aide sociale?

– La plupart des jeunes hommes fuient apparemment un service militaire dur et long [instauré en 1996 par le président du pays, le service national permet d’enrôler dès jeunes dès l’âge de 15 ans]. Ils doivent l’accomplir pour participer à la reconstruction de leur propre pays. Qui d’autre que des jeunes hommes forts peuvent aider à la reconstruction du pays? Les personnes âgées, les femmes et les enfants qui restent en Erythrée? La désertion ne peut pas être à elle seule un motif d’asile. Et même si c’était le cas… pourquoi fuient-ils avec une prédilection vers la Suissse et pas vers un pays en sécurité proche du leur?


– Depuis une décision de 2005, la désertion ne donne plus systématiquement droit au statut de réfugié, mais ses conséquences peuvent être un critère. En Erythrée, un déserteur risque la prison et la torture. Vous le niez?

– Les déserteurs sont dans la plupart des pays menacés de prison. En Suisse aussi, la désertion peut mener à une peine privative de liberté.

www.letemps.ch

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