Economie/Justice/Société

Jeune handicapé mental forcé à faire la manche

Quatre mendiants roms sont poursuivis pour traite d’êtres humains, extorsion et chantage

La police genevoise a interpellé cet été quatre mendiants roms pas comme les autres. Il s’agit d’une femme, de son mari et de sa belle-mère qui sont aujourd’hui en détention préventive à Champ-Dollon. Le quatrième suspect, roumain lui aussi, est un cul-de-jatte qui vient d’obtenir sa libération provisoire après trois semaines passées, en fauteuil roulant, derrière les barreaux.

Il mendiait à 17 ans

Ce quatuor est suspecté d’avoir forcé un jeune compatriote, handicapé mental, à tendre la main dans les rues genevoises. Selon nos informations, ils sont prévenus, fait rare en Suisse, de traite d’êtres humains, d’extorsion et de chantage. Le jeune plaignant, défendu par Me Boris Lachat, a dénoncé à la justice les faits qui se sont déroulés entre 2014 et 2015.

Orphelin de mère, ce jeune a longtemps séjourné dans un foyer d’accueil pour handicapés en Roumanie. Son père l’aurait ensuite confié à des membres de la famille pour «travailler en Suisse» et permettre grâce à ces revenus de rénover la maison familiale au pays. Lors de sa venue à Genève l’an dernier, il n’avait que 17?ans. Il aurait alors été poussé à écumer les trottoirs et les places en quête de piécettes.

«Une fausse solidarité»

«Il a dit avoir subi des violences, explique Me Jacopo Rivara, curateur du plaignant. Il a osé, c’est rare, dénoncer cet asservissement. Mais maintenant qu’il a parlé, il passe désormais pour une balance et se retrouve isolé des siens. Les victimes doivent savoir que si elles parlent, elles trouveront de la protection et du travail dans notre pays. Il faut casser cette fausse solidarité.»

Avocat du prévenu en chaise roulante, Me Steve Alder conteste les charges reprochées à son client: «Mon mandant, qui dort sous le pont de la Jonction, l’a aidé, mais jamais exploité. Il lui a même payé un billet pour la Roumanie.» L’enquête, entre les mains du procureur Frédéric Scheidegger, devra déterminer l’ampleur des recettes récoltées puis remises à des tiers en fin de journée. «Ces Roms mendient du matin au soir, explique Me Rivara. La nuit et le week-end, ils font les poubelles et ce n’est que le dimanche qu’on les voit un peu se promener.

Ce qui est difficile, c’est qu’à aucun moment ils ne voient le problème légal: mendier, remettre l’argent en fin de journée aux récoltants leur paraît normal. Ils sont vidés comme des distributeurs de billets qui disent bonjour, au revoir, merci. Tout cela parce qu’ils pensent à la communauté avant l’individu. C’est un travail pour eux. Qui leur permet de manger et d’envoyer un peu d’argent au pays. En revanche, ils ressentent un conflit de loyauté s’ils se plaignent à la police d’avoir été exploités ou maltraités ou s’ils envoient, par leur dénonciation, d’autres Roms en prison. Leur perception morale est manifestement biaisée.»

Elle dénonce son mari

Quid du père du plaignant? L’enquête permettra peut-être d’en savoir plus. Mais l’homme resté au pays est difficilement joignable à ce jour. «C’est un des prévenus qui avait le numéro du père et pas le jeune dont je suis le curateur, s’étonne Me Rivara. Il serait intéressant de savoir quelles étaient les conditions dans lesquelles il a confié son enfant en 2014.»

Avocat du mari détenu, Me Matthieu Gisin conteste les charges pesant sur son client. Tout comme Me Giovanni Curcio, défenseur de l’épouse en détention provisoire: «Elle dit avoir été elle-même victime du système et a dénoncé son mari.»

A Genève, un couple de transporteurs roms avait été suspecté l’an dernier de traite d’êtres humains pour avoir fait venir des mendiants en Suisse. Ces charges n’ont pas tenu devant les juges, qui ont écarté cette accusation.

www.tdg.ch/geneve/

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